Déjà, dans le catalogue, elle nous apprend que le meilleur moyen de tirer parti d’une personnalité farouche, est de presser la pédale de la vanité, seule capable de résonner dans une âme uniquement remplie d’elle-même.

Dans les notes, elle nous parle d’une amie possédée du « besoin de s’occuper d’elle. » — « Elle est vraiment amusante, mais avec quelle naïveté elle s’admire. » — « Elle sera très heureuse par sa naïve et profonde foi en elle-même. »

La parabole de la paille et de la poutre réalisa-t-elle jamais pareille application ?

Et cependant, il y a la critique, la petite et la grande. Une de ses nièces (oh ! les familles !) fait chez elle une entrée brusque pour lui annoncer qu’elle est insultaillée par Étincelle. — Mais, du terrible et beau chapitre de d’Aurevilly, que pense-t-elle, que dit-elle ? — Je n’en relève qu’une faible trace, page 256 du Catalogue, à propos d’un article de Pontmartin « sur M. Barbey d’Aurevilly », terminé par le conseil d’aller se jeter aux pieds de ses victimes, Rue du Bac, puis Quai Malaquais (Ces deux derniers mots en capitales).

C’est tout ; mais les agendas du temps sont peut-être plus explicites. Cela serait curieux à vérifier.

En attendant, elle reprend assez vite pied dans son illusion et recommence à faire la risette. Ses correspondants et ses visiteurs l’y aident. L’un d’eux a fait garnir son appartement, de glaces, pour se donner une illusion de galerie. Elle serait bien capable d’en faire autant, la bonne Dame, si la réception faisait défaut. Mais il n’y a pas de chômage. Et, pour miroirs, elle a les yeux de Charles Buet, de Lizzie Heckel et du Chevalier de Paravey.

N’allez pourtant pas croire qu’elle soit dénuée de jugement. Elle a ses bonnes heures, où elle nous donne, de cette qualité, de sérieuses ou plaisantes preuves, dont je compose un second groupe.

J’ai attendu Madame de Rambuteau, venue me prendre pour me conduire à Fédora. Arrivée au théâtre, je me demandais si c’était bien moi.

Cette pièce de Sardou est inouïe de médiocrité. Une mosaïque des Danicheff, un plagiat réaliste du premier acte des Huguenots. Seulement Fédora n’est point une Valentine et ne laisse pas partir son amant.

Sarah Bernhardt est médiocre, sauf dans les deux derniers actes. Elle se roule comme une panthère, féline en vraie slave. Sa dernière robe, impossible, à fleurs immenses, est belle, étrange.

Berton est bon dans le dernier acte.

Une telle pièce est un triste symptôme de l’état mental de notre temps ; donc, curieuse, mais point intéressante.

Sophie Menter est véritablement grande artiste, simple et puissante, réunit la force à la grâce, rappelle le jeu de Liszt. Et ses yeux sont tout un roman.

Mesdames Beulé et de Janzé sont venues battre l’air de leurs récits mondains.

La première est « aigre comme une grappe de raisin vert ».

Madame de Janzé me dit que c’est le Gaulois qui a appris à la pauvre Madame de Beaumont qu’elle a un cancer.