[8] Seraient intéressants à consulter, à ce propos, trois cahiers qui se suivent, au catalogue : Mes coquetteries d’autrefois, histoire des costumes ; puis Description de toilettes, etc… enfin, la Clef des costumes des « entêtantes » soirées.
Elle était fort juponnée, et bouffante sur son canapé ; elle faisait penser à ces fillettes qui jouent en étalant et gonflant leur robe, à ce qu’elles appellent : faire un fromage.
Ce fromage était surmonté d’une tête bien singulière ; un visage à la fois assez massif, aux traits assez fins, parmi lesquels, je m’en souviens, des yeux bruns et brillants, un nez un peu fort, une grande bouche aimable et rieuse d’où la voix sortait forte et timbrée. Mais l’extraordinaire, c’était la haute coiffure toute blanche (je parle des dix ou quinze dernières années) en racines droites, et qui avait remplacé les bandeaux de naguère. On eût dit une vieille Marie-Antoinette du Jeu Floral, ou si vous préférez, pour plus d’exactitude, une Clémence Isaure, coiffée par Léonard. Mais ce n’est pas tout. Cet édifice enfariné se couronnait de fleurs et de fruits en abondance ; oui, jusqu’à de petites pommes d’api en cire, que je revois et qui se mêlaient aux fleurettes, comme dans ces bouquets sous globe que l’on voit encore, en des vases dorés, dans des auberges de villages.
Les toilettes se composaient de combinaisons assez naïves. Jamais elle ne donna dans le grand faiseur. Ce devait être fait à la maison, par la femme de chambre, ou tout au moins par une couturière de quartier, et sur un patron uniforme : une jupe cloche et le mantelet pareil, garni d’un petit ruché régulier. « Ainsi troussée », elle s’asseyait au beau milieu du canapé, sous son caoutchouc, et attendait le monde. Elle avait l’air d’un gros joujou, d’une idole pour enfants, ou de l’une de ces madones habillées d’étoffes et qui ressemblent à des poupées.
Revenons à l’Exposition, que je ne perds pas de vue, et où le personnage ainsi décrit ne vous en apparaîtra que mieux, promenant son anachronisme poudré et bouffant par la Rue du Caire ou parmi les restaurants du Trocadéro, à s’exclamer sur les fontaines lumineuses.
Voici une phrase qui vous le présentera, et moi, par-dessus le marché ; elle est dans l’agenda de l’époque :
« Le Pavillon Japonais, embaumé par de grands lis blancs d’un ineffable parfum, j’ai regardé avec intérêt les arbres forestiers réduits à l’état de jolis nains, dont le cher Abbé Huc m’avait tant parlé et dont le prix est de quatre cents à neuf cents francs. Un seul est acheté par le Comte de Montesquiou. »
La visiteuse ne dit pas lequel. C’était celui qui écrit ces lignes, dont l’étendue, l’application et la sympathie amusée sont à sa louange.
Elle a bien pu penser qu’il s’agissait de moi, car elle m’avait connu ; mais, à ce jour, son commentaire se borne là.
Il doit y en avoir plus long ailleurs. En 78, où je lui fus ramené par Pierre de Chaponay, à l’occasion d’un dîner pour Liszt, que je souhaitais d’entendre.