donne à entendre, incontestablement, que ce balcon est de proportions assez inusitées, puisqu’il supporte un cavalier avec sa monture. Or, il n’en est rien ; en réalité, la Dame est sur le balcon de Monsieur de Nolhac, et à quelques mètres de la statue équestre de Louis XIV. Seulement, cela, notre poétesse le sait si bien, qu’elle oublie de le dire, sans s’apercevoir qu’elle dit tout autre chose, et d’assez comique, ma foi ! Heureusement que :
Le célèbre Nolhac, l’érudit de sa race…
est là pour tout remettre en place : la dame, chez Vaugelas, le Soleil, sur son socle, avec son coursier, et se voit récompensé de son hospitalité, non moins que de ses soins, par ce bel hexamètre qu’on ne lui envoie pas dire.
[9] Cet auteur se plaît fort à faire apparaître nos grands rois dans ses petites machines. « Henri IV a passé… une branche a cassé… » sans autre raison que de fournir une rime, et la provision de chevilles nécessaires à l’établissement de la chose.
J’ai pour amie une femme d’esprit qui, non seulement découpe et collectionne les strophes de cette poétesse, mais les fait encadrer. Après tout, l’encadrement c’est une distinction, quels qu’en puissent être les motifs. Tout le monde ne l’obtient pas. Mon amie aime mes vers, elle ne les fait pas encadrer.
Ce qui suit, mon ami l’admire, et il a raison. Il s’agit d’un caniche au poil jamais taillé trop court.
Le citateur affirme, et je suis de son avis, que rien ne donne la sensation de l’infaillibilité, comme ce jamais appliqué à la tonte. Les années, elles-mêmes, peuvent être d’inégale durée, bissextiles, en un mot ; les tondeurs d’hommes peuvent, une fois par hasard, émonder, d’un ciseau distrait, une boucle d’Alcibiade ou d’Antinoüs, de d’Orsay ou de Brummel ; seul, le merlan de Petto (c’est, paraît-il, le nom du caniche, sans cesse égal à lui-même) réussit à faire se rencontrer, dans la frisure d’un toutou, le tranchant d’Atropos et la ponctualité de Saturne. Les queues des comètes pourront bien être rasées de trop près ; jamais celle du symbole de fidélité, qui associe en lui la mesure du sentiment et la régularité de la fourrure.
Quelques personnes, feuilletant le même volume (à vrai dire, je ne sais plus bien lequel, mais peu importe) blâment la hardiesse de certaine apostrophe au vice-président de la Société Artistique des Amateurs, l’honorable Monsieur Fournier, que l’auteur interpelle, en lui demandant si, quelque jour d’orage, dans un petit trou pas cher, il ne se serait pas, par hasard, senti :
Le sel à pleine lèvre, auprès d’un cormoran ?
A vrai dire, on se représente difficilement à pareille fête, le sympathique père du sympathique Maire de Compiègne, debout, dans sa tenue correcte, aux côtés de l’oiseau pêcheur, faisant claquer son bec et gonflant son col, où se débattent sardines et maquereaux, rougets et limandes !