Ce n’est pas sans plaisir que j’ai retrouvé en tête d’une liste d’invités, qu’il couronnait, ma foi ! fort ducalement, le nom de certaine Dame du Corbeau, qui s’était laissé persuader par des renards à deux pattes, à force de naïveté de sa part et, de l’autre, à force de flagorneries, de faire un sort à son blanc fromage de lettres, dans le groupe des récitants et même des débitants, de façon à la fois médiocre et tapageuse. Si ce rétablissement est sérieux (car il s’agissait bien là d’une indisposition) et que la ci-devant Muse le doive à des critiques sagement inspirées, je le répète, elle fera bien de tenir pour ses vrais amis ceux qui les lui ont adressées, et de placer au rang des suspects, ceux auxquels elle devra le mauvais souvenir (heureusement vite oublié) de son échauffourée lyrique.
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J’entends dire que les Auteuresses de la Vie Heureuse projettent d’élire, pour leur Présidente, la Duchesse de Rohan. Non seulement une telle circonstance ne me trouve ni dénigrant, ni hostile, mais je lui sais gré de me fournir une occasion de préciser avec netteté le distinguo dont j’ai parlé.
C’est une chose charmante que de voir une aimable Grande Dame à la tête d’un groupe de nobles travailleuses (je parle pour celles-là). S’il s’en trouve parmi elles (je le crains) qui feraient bien de retourner à l’aiguille, qu’elles n’hésitent pas ! Cette agile compagne, momentanément délaissée par elles, au nom des tropes épointés et du lyrisme décousu, leur piquera peut-être le bout du doigt, pour se venger du porte-plume, mais ce sera tout bénéfice pour nos repenties, quand, la saison d’après, au lieu de déconsidérer leur écritoire par la ponte d’un nouveau roman informe et infirme, détaillé par Monsieur Ballot, elles honoreront leur corbeille à ouvrage par l’éclosion d’un sachet bien odorant, ou d’un coussin bien fleuri dont je ferai l’éloge, pour les dédommager.
C’est aussi, de la part de ces laborieuses, un geste intelligent que celui qui leur fait mettre à leur tête celle qu’elles jugent justement haut placée par la naissance et par le cœur. Cela prouve qu’elles ne font pas uniquement cas du mérite d’art. La distinction sociale leur paraît aussi avoir son prix. Je leur donne raison, à une condition, c’est que les démarcations soient nettement établies et que ces ouvrières commencent par dire à leur affable Présidente, non pas : « Grande Dame, cesse de vaincre ! » mais bien plutôt : Cesse d’être vaincue à la bataille des mots et des rythmes ! en un mot : « Cesse d’écrire ! »
La Duchesse d’Uzès préside comme cela, je crois bien, certaine association de dames peintres et sculpteurs, sans compter un cercle de femmes. Je ne connais pas les sculptures de la Duchesse d’Uzès. Si elles sont bonnes, la Présidente fait très bien de les exposer. Dans le cas contraire, elle donnerait un meilleur exemple en s’abstenant[11].
[11] Depuis, la même dame s’est mise, elle aussi, à faire des Conférences, mais avec sonneries de trompe. Duchesse et Cor de Chasse ; voilà un chant alterné, qui ne manque ni de piquant ni de piqueurs.
On sait la magnifique notoriété que s’est acquise la Comtesse Greffulhe comme Présidente d’auditions musicales.
Je ne sache pas que cette Société célèbre nous ait jamais invités à entendre des opéras de la belle Comtesse. Je ne le regrette ni pour elle, ni pour nous, bien persuadé, au contraire, que l’incontestable autorité de sa présidence, vient de ce qu’elle s’est sagement abstenue de la compromettre par la recherche de succès personnels, sur un terrain qui n’était pas le sien.
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