Qu’est-ce que cela prouve ?

Premièrement, cela prouve, si la première de ces opinions n’a pas tort, une vérité bien connue, mais qui n’avait jamais reçu de démonstration aussi évidente, à savoir que la plus faible apparence de talent n’est, en aucune façon, requise pour faire partie d’une Société Littéraire. Au reste, à quoi serviraient les distinctions, si ce n’est précisément à consoler de ne pas avoir de talent, ceux et celles qui ne demandent à la soi-disant pratique d’un art, que de les mettre en vedette. Le talent n’est pas pour les vaniteux, mais pour les orgueilleux, il suffit seul.

Deuxièmement, cela prouve que des hommes, il semblerait, entre tous, marqués pour maintenir les traditions et faire respecter le langage, acceptent de patronner publiquement des sujets entièrement dénués des qualités techniques, lesquelles désignent à la sollicitude d’un tel protectorat. Or, dans un portrait du premier de ces deux immortels, je vois mentionné ce trait de son caractère : « Une indulgence qui prend soin de n’être jamais complaisante. » Voilà un jamais qui vient de rencontrer une exception.

Mais ce n’est pas la seule, l’éminent co-parrain en fournit une pour faire la paire, et une qui ne craint pas d’aller jusqu’à la plus flagrante contradiction. Relisez plus haut le passage que j’ai cité, d’une préface où il est parlé de l’autoresse dénuée de style et de grammaire, de la poétesse incapable de chanter quatre vers de suite se tenant, mais très capable de prendre une antiquaille pour une trouvaille, en sa niaiserie gauche et prétentieuse.

Qui donc a écrit ce morceau judicieux, capital et cinglant, si bien fait pour donner satisfaction aux esprits « affamés de justice » ?

Eh bien ! mais, précisément, Monsieur Richepin lui-même !

Logique ! logique ! Ce sont bien là de tes coups ! — Concession ! Concession ! Ce sont bien là de tes crimes !

La Duchesse de Rohan sera de l’Académie.

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Est-ce pour ne pas mentir à ces hautes ambitions exaltées pour elle, que le talent (préférez-vous l’art ?…) de la Duchesse de Rohan vient de se transformer, en cinq sec ? Adieu les gentils coqs-à-l’âne d’hier, si réjouissants dans leur bonhomie naïve ! L’allumeuse de Lucioles s’est mise à pondre, comme les oiseaux qu’elle a si allègrement chantés,