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Paulŏ minora canamus. C’est par là que nous avions commencé, là que nous voulions en revenir ; mais il nous fallait, pour donner certaine force à notre démonstration, l’appuyer sur des exemples plus importants, lui donner de plus solides bases.

Convenir avec nous de ces deux dangers : encombrer le Louvre de dons insuffisants et combler Paris de collectionnettes ; puis ajouter que la province doit se montrer bon enfant et tout heureuse d’accepter le déchet de ce qui messied à la Capitale, ce serait ne se montrer qu’à demi clairvoyant et à moitié juste. La dénomination de Musée contient et représente une dignité qui n’est ni parisienne ni provinciale, et ne devrait jamais être conciliable avec de petits panthéons individuels ou du bric-à-brac sans valeur.

Tels n’en sont pas moins, je le répète, les deux dangers qui menacent le Musée de province.

Or, il ne faut pas oublier que le petit Musée de Montauban contient la collection des dessins d’Ingres, et le Musée de Nantes, son portrait de Madame de Senones, pour ne citer que ces deux exemples. Ils suffisent à prouver que rien de grand n’est étranger aux galeries provinciales, et que, s’il leur convient de rester peu remplies, ou de demeurer désertes, même ce dernier état serait préférable à la faute de les faire servir à telles ou telles glorifications individuelles, par des accumulations de colifichets ou de bimbeloterie.

Pour ce qui est du premier cas, à savoir ce que j’appelle le petit panthéon individuel, c’est lui que nous devons examiner, parce que c’est lui qu’il faut rendre responsable de l’autre, c’est-à-dire : l’apport du bric-à-brac sans valeur.

Qu’est-ce qui pousse le particulier à cet envahissement du territoire public ?

Ce serait évidemment mal s’exprimer que de parler d’infatuation, à propos d’un véritable mérite. Néanmoins, traitant de Monsieur Sargent, je me souviens d’avoir écrit : « Quand certains hommes sont devenus tout à fait, je ne dis pas de grands hommes (de ceux-là l’espèce est encore rare), mais de grands bonshommes et, si vous préférez, de gros bonnets, il semble qu’on ne puisse plus, sous peine d’impiété, hasarder la plus faible objection sur leurs grosses méprises. C’est leur rendre un très mauvais service. Il en résulte, pour eux, ce sentiment d’infaillibilité sous-entendue, toujours dangereux pour celui qui s’y abandonne. »

C’est, on peut l’affirmer, il me semble, d’un sentiment équivalent à celui-là, que peut résulter, du fait même de quelqu’un de valable, la création du petit panthéon individuel. Il se peut que le grand bonhomme et, si vous voulez même, le grand homme vive dans une atmosphère d’adulation qui lui fasse perdre de vue que ses mérites n’ont pas de raison de rendre chères, fût-ce à ceux qui les apprécient, telles circonstances de son existence, ou des membres de sa famille.

On peut admirer la Danse Macabre et les Mélodies Persanes, sans que, pour cela, les souvenirs de « la Grand’Tante Masson » deviennent un objet de culte.