Rodolphe BRESDIN
1822-1885

Première Partie

Ce fut, en quelque sorte, un Monticelli de l’encre de Chine, que Rodolphe Bresdin. Après le broyeur de fleurs, le broyeur de noir. Il remplace la multiplicité des touches du pinceau, par l’infinité des traits de la plume, et nous offre ainsi, au lieu d’un canevas merveilleusement émaillé de laines vives, une toile incroyablement embrouillée de fils obscurs.

C’est une tâche ingrate, que de se faire le rapporteur d’une gloire ébauchée, et de chercher à mettre en plus nette lumière, des figures familières à la seule élite. D’aucune part, on ne nous en sait gré. Ceux qui savouraient, entre rare few, une œuvre assez ignorée, seraient presque tentés de s’en déprendre, à la voir divulguer. Ils répétaient après Baudelaire : « C’est le petit nombre des élus qui fait le Paradis ! »

Les autres, qui n’admettent pas que rien leur puisse être révélé, sitôt assimilés les documents dont ils ne savaient pas le premier mot, et que nous leur apportons de loin, au prix de cent efforts, font mine d’en avoir eu, de tout temps, les oreilles rebattues. Heureusement, ces plaisantes gageures n’ont rien à voir avec le juste et judicieux labeur qui consiste à rassembler les premiers et restreints éléments de critique, suscités par une renommée in fieri : un des plus nobles offices de nos Lettres.

Une caractéristique des talents dont la forme un peu ésotérique nous occupe, c’est précisément d’avoir toujours eu, de leur vivant, un héraut, d’ailleurs inécouté. Et quand le grand méconnu meurt, il reste pour longtemps drapé dans le linceul d’art, que lui a tissé et brodé la seule clairvoyante pitié d’un contemporain magnanime.

Ce héraut, ce fut pour Hello, d’Aurevilly ; Baudelaire, pour Guys. Pour Bresdin, ce fut Banville.

Bien entendu, la notoriété devait aller, plutôt qu’aux pages supérieures que nous dirons, à un factum de moindre importance, dont l’écrivain, d’ailleurs, se vante de lui devoir, non seulement sa réputation, mais sa carrière :

« Ces contes — écrit Champfleury, dans sa préface — qui ont décidé de la destinée de l’auteur… » Et plus loin : « Chien-Caillou, patronné par Victor Hugo, a fait jadis la fortune du livre ; l’auteur ne l’a pas oublié, et remercie ses amis connus ou inconnus, etc… »