Or, dans la descriptive énumération des dessins de M. Capin, citée par M. Fourès, nous lisons :
« Frontispice ; il est bordé de branches entrelacées où grimpent des écureuils et où se glissent des serpents, avec deux chiens à l’extrémité. Au milieu, assis sur une large pierre, un poète tient un livre à la main, bouche ouverte, la dextre en avant et portant une escarcelle à sa ceinture ; sur la pierre on lit : Fables, par T. F. 1868. Rodolphe Bresdin. Au-dessus, sur un pont passe un express. A gauche et au bas, un pêcheur à la ligne tient un poisson à la main. A droite, un homme va devant une paire de bœufs ; un cavalier vient derrière lui. Hautes montagnes. »
Voilà donc notre frontispice. Quant au jugement qu’il inspire à l’étonnant La Fontaine, le voici formulé dans une lettre de lui, datée de 1868 :
« J’arrive de voyage, et je viens de voir le frontispice, j’en apprécie tout le consciencieux de l’ouvrage, etc… quant au personnage que vous avez introduit, le jeune homme assis sur le bloc de marbre, je n’en ai pas saisi la nécessité ; pourquoi lui faites-vous tenir un poisson ?… »
Et, plus loin :
« J’approuve la disposition que vous donnez aux sujets formant le frontispice, sauf quelques petits détails. Le paysan se sauvant sur son âne, et le pêcheur volé, n’étant qu’une seule et même fable, il est fâcheux que vous ayez placé entre ces deux sujets, celui des nègres planteurs. Ensuite n’oubliez pas, et cela est un point essentiel, l’un des deux nègres est, seulement, estropié, et les habits déchirés ; l’autre au contraire travaille, et tout en lui doit exprimer le bonheur et l’aisance. »
Ces fables, la correspondance nous en livre trois, tout au long. Je me dispenserai d’en faire autant ; les quelques vers cités plus haut donneront le ton de ces apologues, comme la mesure de cette prosodie, et les commentaires seuls sont pour nous d’un instructif attrait. La première fable adressée à l’illustrateur a pour titre bien venu : Le Diplomate et la Fourmilière.
« J’ai l’avantage de vous adresser ci-jointe une de mes fables, pour qu’en en prenant connaissance, vous vous inspiriez à faire un des quatre dessins convenus. Selon moi, il y a de quoi faire un superbe paysage d’automne, sous bois ou autrement (en Europe, bien entendu) avec un grand beau chêne ; je laisse d’ailleurs à votre riche imagination de le peupler d’insectes et d’animaux ; parmi ceux-ci, des lapins, castors, écureuils, lézards, hérissons, etc…; mais pas de gros gibier. Quant à l’action à représenter, ce serait au moment où le personnage, en costume de chasse, s’arrête pour contempler la fourmilière. Ayez soin de figurer un corbeau qui, du haut de l’arbre, contemple le diplomate et semble n’attendre que son départ pour fondre sur la fourmilière. »
Comparez le numéro 7 du catalogue de M. Fourès : « Dans un bois, un chasseur tient son fusil par le canon, etc… »
Voici ensuite : Le Papillon et la Mare. Un papillon attiré par une fleur d’eau, risque de se noyer dans la boue.