Et, dans la pièce Les Fleurs :
« Pour le poète las que la vie étiole. »
N’est-il pas poétique, cet ennui des jours casaniers, lequel
« Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs »,
non moins que ce doux front taché de son, dans lequel le rêveur peut bien voir
« Un automne jonché de taches de rousseur » ?
Voici maintenant, au cours du volume de vers, en un poème d’âpre et nerveuse allure, les douloureux et risibles martyrs du Guignon :
« Désolés sans l’orgueil qui sacre l’infortune,
Égaux de Prométhée à qui manque un vautour. »
Viennent ensuite deux poèmes de plus longue haleine. Le premier est, on peut dire le célèbre[22] poème d’Hérodiade, vraiment un Gustave Moreau en vers, avec ce mérite de ne pas s’être inspiré du peintre. L’héroïne de Mallarmé confère au type biblique ce rajeunissement de l’hybrider du païen Narcisse. Oui, c’est bien une sorte de Narcisse féminin que le personnage ainsi présenté de la danseuse des Livres Saints, un peu parent aussi de la Salammbô de Flaubert. Il me semble, et cette explication me paraît tout à fait nécessaire pour s’accorder avec la propre version de Mallarmé sur le sens de son mythe, que cette Hérodiade nous offre un composé des deux femmes de Machœrons ; non seulement Hérodiade, mais Salomé, la monstrueuse dualité qui exigera la tête de Saint Jean. Or, il n’est pas fait allusion à ce final épisode, sauf par l’indication du caractère qui le doit déterminer. Et je crois qu’il y a lieu de voir, en cette éloquente suppression, une de ces muettes indications que l’écrivain chargeait de s’exprimer plus haut que le verbe. Il s’agit donc de livrer énigmatiquement le secret du pervers féminin qui doit danser pour la décollation d’un juste. Le poète procède ainsi, il nous montre une jeune Vierge mystérieusement, furieusement jalouse de sa propre virginité, jusqu’à repousser avec épouvante les gestes de sa vieille nourrice qui s’offre à la coiffer et à l’oindre : « Reculez ! », s’écrie la farouche Hérodiade,