C’est le petit Jésus de frisure et de cire
Qu’en allant l’adorer la fillette désire,
Pour en faire, à la fois, sa poupée et son Dieu.

Au dernier vers, la Comtesse se révolta cette fois, carrément: «A la fin, Mademoiselle, on dirait que vous le faites exprès. Nous vous avons engagée pour préparer nos petites filles à leur Première Communion; au lieu de cela, vous contrariez notre influence. Il semble que vous preniez plaisir à introduire, dans votre système d’éducation, un élément d’irrespect religieux qui nous blesse et nous scandalise. Permettez-moi d’attirer tout particulièrement votre attention sur ce travers de votre méthode.»

L’interpellée se défendit et, avec elle, le poète. Elle voyait, au contraire, dans son image finale, une charmante familiarité entre l’enfance du Sauveur de ce Monde, et celle du bébé venu pour lui rendre hommage.

L’explication ne fut pas admise; et, se penchant vers l’oreille de sa belle-fille, la Marquise lui chuchota: «Pouvez-vous me dire, ma petite, ce que c’est qu’un cacholong?»—Et la Comtesse de répondre: «J’imagine, ma mère, que ce doit être une espèce de cachalot.»

Dans l’espoir imprudent d’achever sur un succès une récitation dont le début n’avait pas été heureux, l’Irlandaise risqua, du même poète, le sonnet suivant, sur le même sujet:

Elle verse sur vous son âme de cristal,
O doux Enfant Jésus, la Vierge du Corrège
Qui touche votre front de son profil de neige,
Ce profil si penché qu’il est horizontal.

Les fleurettes des champs lui font piédestal,
Les oiselets des bois lui chantent leur arpège,
Et pour que la longueur de la route s’abrège,
Des anges ont voilé le soleil de métal.

Un très humble témoin, aussi blanc qu’une hermine,
Dans le gazon ténu trottinait et chemine...
Le Maître l’aperçoit, l’examine et le peint.

A ce rongeur lustré, dont l’œil est une étoile,
Le grave honneur échoit d’intituler la toile
Du divin Allegri, cette «Vierge au Lapin».