C'est, en province, une distraction, à la fois, économique et somptueuse, que la lecture, au cours des chroniques mondaines, du détail des cadeaux de noces. Je l'ai observé, dans les années fastes, l'éventail domine; au contraire, dans les jours incertains comme ceux que nous traversons, c'est le parapluie qui l'emporte, et semble avoir mission de protéger les nouveaux époux contre les averses du divorce. Seulement, il y a parapluie et parapluie. Naturellement, celui envoyé par la Comtesse de Chevigné, ne saurait avoir l'aspect rifflard de ses congénères; c'est un en-tout-cas élégant, même un peu Russe, deux mots devenus presque synonymes. On le dirait offert en vertu d'un ukase.
Les «fourches» ne sont pas moins à la mode. Elles ont beau être en diamants, leur vocable ne me plaît pas, dans une description de corbeille. Je lui trouve quelque chose de rustique, ou d'infernal, qui, sous le premier, pas plus que sous le second de ces deux aspects, ne me semble adapté à la circonstance. Caudines serait encore pis.
Par exemple, ce qui m'émeut jusqu'aux larmes, ce sont les «petits boutons» offerts par Madame Legrand, qui, je ne sais pourquoi, depuis quelque temps, n'apparaît plus «née Fournès». On croit voir, après les majestueux apports des Rois Éthiopiens, des mages souverains, la touchante et modeste offrande d'une bergère, conduisant ses petits boutons, comme l'autre aurait fait de ses petits moutons. Ce n'est rien, et, à cause de cela, c'est attendrissant. On pense, malgré soi, aux vers d'Hugo:
La plus belle feuille du monde
Ne peut donner que ce qu'elle a.
Plus rien du gros parapluie de tout à l'heure, à peine un pépin, le noyau d'un fruit, la queue d'une cerise.
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«Sa Majesté l'Impératrice Eugénie a télégraphié, hier, du Cap Martin, où elle se trouve, en ce moment, pour demander des nouvelles de la santé de Madame Arthur Meyer.»
Évidemment, cette dépêche s'imposait. Tout de même, l'appareil Morse a quelque chose d'encore insuffisant; l'on voudrait un câblogramme, ou tout au moins un télégramme sans fil, grâce auquel la nécessité des ondes hertziennes se justifierait enfin.
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