A un ethnographe, qui examinait Madame Boose, on demanda la raison de cette curiosité ou de cet intérêt. Il répondit: «je pense que, sans Christophe Colomb, elle aurait peut-être existé, mais nous ne l'aurions jamais connue.»
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Rien de plus facile à apprendre que la fausse majesté. Elle rentre dans les attributions du m'as-tu-vu, dont elle ne dépasse pas les moyens. C'est du cabotinage pour parents et du jeu pour nègres. J'ai lu la Case de l'Oncle Tom, quand j'étais enfant. Je me souviens de l'impression que me causa cette phrase, décrivant les façons d'une petite marronne, qui se promenait affublée de je ne sais quel oripeau, avec des airs de «reine de théâtre en répétition». Les grands airs de beaucoup de nos Altesses ne dépassent pas cette sérénité de charade. Voilà trente ans que nous voyons essayer de se poser sur nous, avec majesté, sans le moins du monde y réussir, des faces-à-main, qui se prennent pour des sceptres, et sont tout au plus des battes. Il y a belle lurette que nous avons dépassé de beaucoup de coudées, leur rayon visuel, et même leur orbite planétaire. Ils continuent de prendre des grands airs dans le vide, qui le leur rend au centuple.
La Princesse Mathilde, qui ne manquait pas, tous les jours, d'esprit, a peut-être cru en avoir, mais en a manqué certainement, le jour qu'elle a envoyé à Taine une carte P. P. C., parce qu'il avait parlé de Napoléon, sur un ton qui déplut à Saint-Gratien. C'est toujours un peu trop flatteur pour soi, de prendre la défense des Grands Hommes. Mais elle n'a pas manqué d'esprit, quand elle a répondu à quelqu'un qui lui parlait de la chose: «je ne peux pourtant pas laisser maltraiter un parent sans lequel je serais marchande d'oranges sur le quai d'Ajaccio.» M'est avis que cette marchande d'oranges-là sommeillait dans le cœur de l'Altesse. Elle en est ressortie un jour de colère. C'est elle qui a trouvé le mot. Tant mieux! Il était joli.
Et puisque les anecdotes fugitives illustrent bien les vérités éternelles, voici un épisode assez instructif, qui met en scène Emma et Aline. La première, d'extraction à la fois brillante et médiocre, avait flori, je ne dirai pas sur des genoux couronnés, puisque ce n'est pas sur ce point de l'individu que la couronne se place avec avantage, mais dans des girons appartenant à des académies, dont l'autre côté touchait à des trônes. Aline venait de plus loin, de plus haut, de mieux.
Un jour qu'on lui demandait son sentiment, à propos de son amie, formée dans les cours, non pas de celles où s'exerça «la Sérénade du Pavé», d'Eugénie Buffet, mais de celles où l'on chante le Te Deum, les jours de victoire, elle répondit angéliquement: «ne plaisantez pas, je vous assure qu'Emma est encore étonnante, pour une personne qui a été mal élevée.»
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J'ai reçu, d'un éditeur nouveau-jeu, cette lettre typographiée: «votre nom étant cité, dans les «memoranda contemporains», de Monsieur… (ici, le nom d'un auteur de notre connaissance) que nous nous proposons de publier, nous avons pensé qu'il vous serait agréable de savoir que cet ouvrage est actuellement en préparation, et que vous pouvez, dès maintenant, y souscrire.»
J'ai répondu: «si je m'empresse de souscrire au livre dont vous me parlez, c'est, j'ai hâte de l'ajouter, pour le plaisir de le lire, et nullement sous l'influence d'une préoccupation personnelle, qui ne me paraît avoir, Monsieur, aucun rapport avec la lecture.»
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