Des condescendances qui, de la part d'une vedette aristocratique, vont jusqu'à laisser dénoncer des «places à trois francs, thé compris»—heureux quand ce n'est pas un thé-tango!—se voient-elles du moins récompensées? Je n'en suis pas sûr. Un procédé qui me choque, c'est, au lendemain d'une causerie dite «sensationnelle», de ne pas en ouïr souffler mot par le même organe qui, la veille, la donnait pour «l'événement littéraire et mondain de la saison». Est-ce donc que le succès a trompé l'espérance, ou que l'on ne juge pas devoir accorder, à ceux qui semblaient appréciables comme appâts, la satisfaction de se voir appréciés comme apports?…
J'ai fait cette remarque à deux reprises; la première, au sujet de la dame en question[6]; la seconde, à propos d'un jeune auteur-orateur que j'apprécie. Je le répète, les deux fois, cela m'a déplu.
[6] Je me suis laissé dire qu'elle avait pris, pour sujet de sa causerie, une pièce en vogue: Ernestine est enragée; mais je me méfie du renseignement. Je le donne donc sous toutes réserves.
Pour en revenir à «la bonne duchesse», avant de passer à d'autres sujets, une réflexion encore. Je me suis aperçu que les personnes qu'on désignait par ce qualificatif, ne le méritaient pas toujours. On disait ainsi: la bonne princesse, de la Princesse Mathilde, qui n'était pas bonne du tout, et bien au contraire. Pour mon compte, je sais, de la bonne Duchesse, deux traits pleins de noirceur.
Celui qui me vise, sans m'atteindre (outre que son authenticité me paraît de moins en moins sûre), je ne puis que le pardonner; mais pas l'autre, celui qui effleure une personne dont le nom m'est plus cher que le mien, et la cause plus précieuse que ma vie.
Je prémédite donc une petite vengeance, et je l'exécute; la voici.
On n'a pas oublié l'excès d'hospitalité de l'auteuresse des Lucioles fleuries, étendant sa liste jusqu'aux ombres heureuses. Déjà, me faisant l'honneur de parler à ma personne, elle s'était vantée de recevoir feu Pierre Dupont. Ensuite, ce fut Verlaine.
Eh bien! ce n'est pas tout; il y eut plus étonnant encore. Comme il ne fallait pas faire de jaloux, sur le pré d'asphodèles, mais, au contraire, donner pour compagnon au pauvre Lélian évoqué, un fantôme digne de l'assister au seuil des buffets, l'amphitryonne nécromancienne avait encore engagé… André Chénier! Ceci n'est point une farce. Je le tiens de l'homme entre tous intègre, aux «soins obligeants» duquel l'invitation fut adressée. Vous pensez s'il la garde! Je n'en trouve pas de plus sûre preuve que son refus de me l'abandonner. Je ne vois guère d'autres de ses trésors que me dénierait sa bonne grâce; pour ce qui est de cela, il se le réserve. Je fais semblant de le maudire; mais au fond, comme je le comprends!
L'histoire est, dès longtemps, expliquée, mise sur le compte d'un bibliothécaire maladroit. C'est égal, elle reste, elle aussi, bien bonne; et d'y voir mêler, authentiquement, l'auteur de «la Jeune Captive», n'est pas pour en amoindrir l'éclat.
Je sais bien aussi que tout cela ne va pas tout de go, ni sans distinguo. Quoi qu'on en ait, il y a des arguments auxquels on ne résiste pas, même lorsqu'ils ressemblent à des arguties.