«Le roi étoit galant, mais souvent débauché; tout lui étoit bon, pourvu que ce fussent des femmes.» (Madame, 24 décembre 1716.)
Aussi plusieurs de celles qu'il a favorisées sont-elles restées inconnues. Il y avoit dans le nombre des filles de jardinier: n'a-t-on pas voulu y joindre une négresse? Mais, sans interroger bien rigoureusement le secret des Mémoires, on citera madame de Beauvais, la comtesse de Soissons, la connétable Colonna, La Vallière, Madame peut-être, mademoiselle de Laval, madame de Soubise, qui à vingt-neuf ans avoit huit enfants et restoit belle; madame de Montespan, la belle Ludres, madame d'Heudicourt, madame de Monaco, mademoiselle de la Motte-Argencourt, mademoiselle de Fontanges et la comtesse d'Armagnac.
Bussy n'a pas dit de mal du roi si les Alleluia ne sont pas de lui. Par avance, expliquons le nom que le roi porte dans ces Alleluia. On l'y nomme Deodatus. Louis XIV s'appeloit en effet Dieudonné, et toute la France le savoit. Que de fois le voit-on désigné sous ce nom dans les écrits du temps! En voici quelques-uns (nous citons les numéros du Catalogue de la Bibliothèque nationale, t. 2):
840. Le vrai politique, ou l'homme d'État désintéressé, au roi, Louis XIV, surnommé Dieudonné. Paris, F. Noël, 1649, in-4. (Pièce.)
1421. De fortunatis Ludovici Adeodati XIV, Francorum et Navarræ régis christianissimi, natalitiis, etc., par Bernard. (1650.)
1450. Les frondeurs victorieux et triomphants sous le règne de Louis XIV dit Dieudonné. (1650.)
Voy. encore, 3358 (2 fois) en 1660, pour le mariage, et 3498. Panégyrique de Louis Dieudonné, 1663, Bilaine, in-12.
[106] George Digby. Tallemant des Réaux (chap. 359) dit qu'il s'appeloit Kenelm Digby, qu'il étoit resté fidèle à Charles 1er, qu'il étoit venu en France avec la reine, qu'il avoit épousé Venetia Anastasia, fille d'Edouard Stanley; qu'il avoit un esprit singulier, qu'il aimoit la peinture et recherchoit la pierre philosophale.
Il aima tendrement sa femme. Lorsqu'elle tomba malade, il la fit peindre sans cesse pour conserver toutes ses images, Vigneul de Marville (t. 1, p. 252) est garant de ce détail:
«M. Digby, étant à Paris, prenoit plaisir à montrer le portrait en miniature de feue madame la comtesse Digby, son épouse, l'une des plus belles femmes de son tems, ipso sese solatio cruciabat. Il racontoit que, pour maintenir sa beauté et une fraîcheur de jeunesse, il lui faisoit manger des chapons nourris de chair de vipère; en quoi (à ce qu'il disoit) il avoit parfaitement réussi. Cependant, soit que cette nourriture ne fût pas saine, et que ce qui est bon à conserver la beauté n'est pas propre à conserver la santé et la vie, ou bien que l'heure de madame Digby fût venue, elle mourut encore assez jeune, et lorsqu'on y pensoit le moins. On dit qu'elle avoit eu quelque pressentiment de sa mort, et qu'elle pria M. Digby, qui étoit obligé de sortir pour quelque affaire, de revenir au plutôt, parcequ'elle avoit dans l'esprit qu'elle mourroit ce jour-là. En effet, M. Digby étant de retour, la trouva morte, et la fit peindre en cet état, où, pour la consolation de ceux qui la regardent, le peintre a eu l'adresse de ne la représenter qu'un peu endormie.»