Elle resta demoiselle, ne put vivre chez sa mère, qui étoit trop peu mère de famille, et alla d'abord chez madame de Rohan, puis à Port-Royal.

M. Victor Cousin lui a donné une place à côté de son amie.

[124] On a attribué à tort à M. de Brégy les Mémoires de M. de ***, qui ne semblent être qu'une compilation. C'étoit un pauvre homme qui se croyoit important (Montp., t. 2, p. 318) et dont on rioit, malgré ses ambassades en Pologne et en Suède. C'est son fils sans doute qui, gouverneur du Fort-Louis, fut tué près de cette place en 1689 (Quincy, t. 2, p. 174, et Dangeau, 14 juin 1689).

Charlotte de Chazan, sa femme, née en 1619, morte le 13 avril 1695, étoit fille du premier lit de madame Hébert, femme de chambre de la reine-mère. Elle étoit «jolie, quoique brune et petite» (Tallem., 2e édit., t. 7, p. 169). Sa gentillesse la fit nommer fille de la reine, du dehors, c'est-à-dire non titrée, domestique. La reine l'aima tout de suite et la combla de faveurs. Son esprit acheva sa fortune: il étoit vif, élégant, coquet. Tallemant dit: «C'est la plus grande façonnière et la plus vaine créature qui soit au monde.» Mais elle plut à tout le monde et elle écrivit des lettres qu'on admira. La mère «n'étoit ni muette (Mottev., t. 2, p. 74), ni philosophe, et n'étoit guère écoutée.» La fille, bel esprit reconnu, épousa à seize ans Léonor de Flesselles, comte de Brégy, qui aima ses servantes plus que sa femme. Madame de Brégy devint dame d'honneur et amie de la personne influente, madame de Motteville (Mottev., t. 3, p. 136).

L'Estat de la France pour 1649 donne la liste du service de la reine-mère.

Les dames sont: Madame la maréchale de Vitry, madame de Chaumont (sœur du président de Bailleul), madame de Sainct-Simon (belle-sœur du duc de Sainct-Simon), la marquise de Rosny, la comtesse de Boesleau, madame de Chavannes, madame de Vaucelles, madame de Bonœil, madame de Vieux-Pont, madame de Brégy, madame la présidente de Mortecelle et autres.

Puis viennent les filles d'honneur, puis les femmes de chambre.

Anne d'Autriche, dans son testament, lègue à madame de Brégy 30,000 livres. Louis XIV fit plus encore pour elle. On voit dans les registres secrets (Corresp. admin., t. 3) qu'il lui donne une fois 300,000 livres. Christine de Suède lui avoit donné 400,000 livres, dit-on. Madame (lettre du 10 novembre 1719) croit savoir pourquoi: «Elle a forcé madame de Brégy à des turpitudes, et celle-ci n'a pu se défendre.»

Madame de Brégy étoit très féconde et craignoit les grossesses. Loret (15 novembre 1650) le fait entendre:

Clorinde, ce dit-on, postule
Pour obtenir arrest ou bulle
Qui la dispense absolument
Obéir à ce sacrement
Qui fait qu'avec regret on couche
Quelquefois deux en une couche.