[73] Sur le Père de la Chaise, voy. t. III, p. 147.

[74] Aucun des ouvrages biographiques ou satiriques consacrés au Père de la Chaise ne parle du Père Bobinet.

[75] «Quoique les Papes se soient souvent opposés aux demandes que nos Princes ont faites au Clergé, celui-ci a, de lui-même, voulu contribuer à l'avantage public, et il n'y a plus aujourd'hui de difficultés, tout le corps de l'Eglise de France s'étant lui-même soumis à payer le dixième de ses revenus, sous le titre de décime, et de payer encore extraordinairement pour les neuf autres parts à proportion des besoins.—La répartition de ces deux espèces d'impositions est faite par les Prélats ecclésiastiques et autres ecclésiastiques de réputation, ce qui porteroit à croire qu'elle est toujours très-équitable; mais l'expérience y est contraire... L'autorité et le crédit du clergé n'ont pas permis de penser que cette taxe pût être imposée par les laïques; ainsi on l'a laissé se taxer lui-même. Cependant on voit communément qu'un bénéfice de 100,000 liv. de rente paye 1,500 liv. pour toutes décimes et qu'une communauté de 30,000 liv. de revenu paye 6 à 7,000 liv. Les curés sont encore plus vexés que tous les autres par proportion.» (Mém. de Boulainvilliers, 6e mém., 1727, t. II, p. 201.)

Dès la troisième année de la fatale guerre de 1688 à 1697 contre le prince d'Orange, le Roi avait dû écrire à l'archevêque de Paris: «Mon cousin..., comme j'ay esté informé qu'il y a beaucoup d'argenterie dans les églises au-delà de celle qui est nécessaire pour la décence du service divin, dont la valeur étant remise dans le commerce apporteroit un grand avantage à mes sujets, je vous fais cette lettre pour vous exhorter à examiner ce qu'il y a d'argenterie dans chaque église de votre diocèse..., vous assurant que vous ferez chose qui me sera fort agréable et fort utile au bien de mon Etat, d'ordonner qu'elle soit portée dans mes monnoies pour être converties en espèces d'or et d'argent, la valeur en être payée comptant sur le pied porté par ma déclaration du 14 décembre dernier à ceux qui l'apporteront, et ce qui proviendra de ladite argenterie superflue être ensuite employé au profit des églises à laquelle ladite argenterie appartenoit.» (8 février 1690.)—Le 16 février suivant, l'archevêque de Paris écrivoit au clergé tant régulier que séculier de son diocèse pour l'inviter à se conformer aux ordres du Roi; ce qui se faisoit dans le diocèse de Paris devait évidemment se faire dans tous les autres.—Voy. p. 156, note [79].

[76] M. de Pomponne. Voy. la [table].

[77] M. de Harlay. Voy. la [table].

[78] M. de Pontchartrain. La Gazette de France de 1693 parle du sieur Phelipeaux de Pontchartrain qui, déjà conseiller au Parlement, est nommé secrétaire d'Etat en survivance de son père: il est le septième de son nom qui ait été revêtu d'une semblable charge (Gazette du 26 décembre).—Il fut nommé chancelier et garde des sceaux de France le 5 septembre 1699.—Né le 29 mars 1643, Louis Phelipeaux de Pontchartrain était fils de Louis Phelipeaux de Pontchartrain, président à la Chambre des comptes, et de Suzanne Talon. Mme de Sévigné, Saint-Simon, Dangeau, parlent de lui fréquemment.

[79] Dix millions de don gratuit.—Voy. la note [75] de la page 154.—L'assemblée du clergé s'ouvrit le 28 mai 1695. «Le 8 juin, le sieur Pussort, doyen du Conseil d'Etat, le sieur Le Peletier, le sieur d'Argouges, le sieur de Harlay et le sieur de Pontchartrain, ministres et secrétaires d'Etat, commissaires du Roi, allèrent à l'assemblée générale du clergé. Le sieur Pussort parla avec beaucoup de dignité et d'éloquence, et fit une proposition sur laquelle l'assemblée accorda tout d'une voix à Sa Majesté un don gratuit de dix millions.» (Gazette de France du 11 juin 1695.)—«Le grand objet d'une assemblée, c'est le don qu'on y fait au Roi; mais, comme avant qu'elle commence, ce don ordinairement est réglé entre le ministre, le futur président de cette assemblée et le receveur du clergé, il ne reste, quand elle se tient, qu'à en faire la répartition et qu'à trouver les moyens de payer promptement la somme que l'on a promise. Cette commission est la plus recherchée, parce qu'elle donne occasion de témoigner au Roi le zèle qu'on a pour son service.» (Mém. de l'abbé Le Gendre, Paris, Charpentier, 1863, in-8o p. 102.)—En 1690, le clergé à qui l'archevêque de Paris avoit fait espérer qu'on ne demanderoit aucun nouveau sacrifice en 1695, avoit accordé 12 millions de don gratuit: on peut juger de la pression à laquelle il céda lorsqu'on lui demanda ces dix millions qui furent, dit la Gazette, accordés tout d'une voix. La stupeur, le chagrin furent d'autant plus grands que, lorsque parut, en janvier 1695, l'édit imposant une capitation dont personne ne seroit exempt et qui seroit levée tant que la guerre dureroit, l'archevêque avoit en quelque sorte racheté cet impôt en proposant un abonnement de quatre millions par an, supérieur de deux millions, d'après l'évêque d'Orléans, à ce que le Roi attendoit.—(Voy. les Mém. de l'abbé Le Gendre, p. 199.)

[80] La guerre étoit fort difficile à soutenir en effet, et voici des chiffres qui le prouvent: «Si l'on suppose que la guerre du prince d'Orange, commencée en 1688 et terminée en 1697, a employé au service du Roi, pendant les neuf années qu'elle a duré tant sur mer que sur terre, six cent mille hommes qui auront coûté chacun quinze sols par jour en vivres, en solde, habits, armes, chevaux, équipages, vaisseaux, artillerie, le tout par proportion, depuis le général d'armée, jusqu'au dernier tambour et au mousse du vaisseau, la dépense de chaque année a monté à 164,250,000 liv.; mais le revenu ordinaire ne passoit pas 116,000,000.—Cela supposé, il fallut recouvrer de nouveaux fonds pour l'entretien de la dignité royale, les rentes, les gages et autres dépenses publiques. Cependant tout s'est fait; mais, pour en venir à bout, il fallut emprunter par des créations d'office, des aliénations, des constitutions de rentes et de nouvelles impositions sur le public déjà chargé des impositions ordinaires, et de plus par la capitation imposée en janvier 1695. Ainsi cette guerre a porté ces charges à près de 600,000,000 de liv. au-dessus des revenus ordinaires pendant les neuf années de guerre.—Il est vrai que ces grandes sommes ne sont pas entrées en entier dans le trésor... Si, par exemple, un traitant se charge d'un recouvrement de six millions de liv., il en retient un pour son profit et a de plus 600,000 liv. pour les deux sols pour livre. Il y a encore les frais de recouvrement estimés à 20 pour cent; et enfin, quoique le recouvrement soit souvent assez facile, si le traitant veut payer à titre d'avance, il retire les intérêts à 10 pour cent: d'où il arrive que le Roi ne tire que quatre millions et demi de ce dont le peuple paye sept à huit millions de livres.» (6e mém. de Boulainvilliers, t. II, pp. 128-132.)

Du reste, plus étoient grandes les charges imposées au pays, moins le trésor royal avoit de ressources. Le comte de Boulainvilliers (ibid., p. 153) nous en fournit la preuve. En 1688, les tailles étoient de 32,486,911 liv.; sur cette somme, le trésor a reçu 29,929,240 liv.; en 1707, elles étoient de 36,755,985 liv.; sur cette somme, le trésor n'a reçu que 23,538,408 liv.—Ainsi, les tailles ayant augmenté de 4,269,074 liv., la recette, entre 1688 et 1707, a diminué de 6,390,832.