Le duc de Luxembourg, né le 18 février 1662, épousa, le 28 août 1686, Marie-Thérèse d'Albert, fille aînée du duc de Chevreuse, qui mourut le 17 septembre 1694. Le duc étoit donc veuf à l'époque où se place ce récit; il se remaria le 15 février 1696, et épousa Mlle de Gillier de Clérembault.

[61] A l'armée du Rhin, comme on le voit dans la pièce de vers qui suit:

... N'as-tu pu, sans le perdre, aller jusques au Rhin?
... Tu voudrois quelquefois aller, comme un tonnerre,
Ravager la Hollande et terminer la guerre.

[62] Le Roi, vieux pécheur tout ruiné, se seroit assez bien porté, d'après le Journal de la Santé, pendant l'année 1695; cependant on ne manque pas de signaler ses purgations habituelles et quelques attaques de goutte, qui l'obligeoient à «se chausser d'un soulier moucheté.»—Le portrait qu'on peut faire de lui à cette époque ne ressemble guère à celui qu'on a pu lire, t. II, page 4.—Louis XIV tenoit de Henri IV et de Louis XIII cette odeur sui generis, qui faisoit dire au baron de Fæneste:—«Tenez, ye me devoutonne: vous sentirez.—Ho vertubieu! quel parfum.—Et les pieds de mesme.» En outre, on lui avoit arraché une grande partie de la mâchoire gauche, et il en étoit résulté une plaie d'où s'exhaloit au loin une odeur cadavérique nauséabonde; ses maux de tête et d'estomac l'avoient rendu fort taciturne et avoient assombri son humeur... Du brillant Louis XIV, quand on a lu le Journal de la Santé du Roi, il reste alors bien peu de chose.

[63] Voici ce que dit, à ce sujet, la Gazette de France...—«De Dinant, le 5 septembre 1695: Le 30 du passé (août), à 11 heures du matin, les ennemis donnèrent un assaut général avec 15,000 hommes à la partie de la ville (de Namur) que les assiégés (commandés par Boufflers) occupoient au poste de la Cassote et au fort Guillaume.

«Le 1er de ce mois, les alliés donnèrent un autre assaut général avec 20,000 hommes...; les brèches étoient si grandes qu'il pouvoit y monter un bataillon de front... Le carnage fut si grand qu'il n'y en a point eu de pareil en Europe depuis plus d'un siècle, puisque les ennemis eurent, dans cet assaut, 9,000 hommes tués ou blessés et les nôtres 3,000. Mais comme la garnison se trouva réduite à 5,000 hommes, dont il ne restoit que 2,300 en état de combattre, et que tous les ouvrages étoient presque entièrement renversés, on jugea à propos de capituler. Les articles furent arrêtés le 2 avec l'Electeur de Bavière. Ils contiennent en substance que la place seroit rendue le 5, en cas qu'elle ne fût pas secourue auparavant, et que la garnison sortiroit par la brèche, pour être conduite à Givet sous Charlemont, avec six pièces de canon, deux mortiers, armes et bagages, enseignes déployées, tambour battant, et toutes les autres conditions les plus honorables. La garnison est sortie aujourd'hui, mais le maréchal de Boufflers a été arrêté par ordre du prince d'Orange, au préjudice de la capitulation. Les ennemis ont demeuré soixante-sept jours devant la place, et on n'a jamais vu une plus courageuse défense.»

«Du camp de Cambron le 10 septembre.»—Le maréchal de Boufflers fut transféré le 8 à Maëstricht; la ville lui fut donnée pour prison.

—«De Versailles, le 9 septembre: Le Roi, pour tesmoigner de la satisfaction qu'il eut de ses services dans la vigoureuse défense de Namur, l'honora du titre de duc.»

—Ce triste événement est resté complètement et sans doute volontairement ignoré de l'abbé de La Brizardière dans son «Histoire de Louis le Grand depuis le commencement de son règne jusques en 1710»; il n'en dit mot.

[64] Nous avons dit, à la note précédente, comment s'étoit terminé le siége de Namur par les alliés, et la capitulation du maréchal de Boufflers. Quant à Casal, assiégé en 1629 par Gonzalve de Cordoue, délivré par les François, réassiégé en 1630, mais défendu avec succès par le marquis de Toiras, assiégé une troisième fois en 1640 par le marquis de Leganez et délivré par le comte d'Harcourt (Cadet la Perle), il fut pris en 1652 par les Espagnols et, depuis, rendu par eux au duc de Mantoue qui l'ouvrit aux troupes du roi Louis XIV en 1682. En 1694, le duc de Savoie, le prince Eugène et le marquis de Leganez en firent le blocus le 22 août; au mois de novembre, malgré les conseils du marquis de Leganez, à qui cette conduite le rendit suspect, le duc de Savoie leva le blocus, effrayé par l'approche de l'armée de Catinat; un incident curieux se produisit pendant le siége: les ennemis voulurent faire sauter les magasins à poudre de la place au moyen d'un ressort d'horlogerie caché dans la crosse d'un pistolet. (Mercure galant, octobre 1694.) Le siége fut repris en avril 1695. Trois mois après, en juillet, on lit dans le Mercure galant: «Sa Majesté vient d'ordonner à M. le marquis de Crenan, qui en étoit gouverneur, de remettre la place de Casal au duc de Mantoue, avec tous les droits souverains qui lui appartiennent, et de faire, pour cet effet, un traité avec M. le duc de Savoie et les généraux des alliés. Il est réglé par ce traité que la garnison en sera tirée aussitôt que la démolition tant de la ville que de la citadelle et du château sera achevée; que la garnison sera conduite en toute sûreté à Pignerol avec les provisions et les munitions et la quantité d'artillerie stipulée; qu'il sera permis aux François établis à Casal de sortir avec leurs effets. En conséquence de cette capitulation, les troupes du Roi et celles du duc de Savoie travaillent conjointement à ruiner les fortifications.»—Cf. Gazette de France du 23 juillet 1695; lettre du 16 juillet.—Deux ans après, la fille du duc de Savoie, âgée de 12 ans et un jour, épousoit le duc de Bourgogne, fils du Dauphin (7 décembre 1697), âgé de quinze ans et demi.