Nous attendons M. Duclos: il sera certainement prévenu, et si à son arrivée je suis encore ici, j'y contribuerai de mon mieux. J'en ai prévenu l'Infant et je lui ai fait part de l'intérêt que vous y prenez.
M. de la House m'a dit que M. de Guer occupe dans la rue de Condé une maison de garçon, toute boisée et de 1300 livres de loyer, et qu'il veut la quitter. Peut-être pourrait-elle me convenir. Si vous avez l'occasion de voir ce que c'est, je vous en serai obligé.
Voilà une longue lettre où il n'est question que de moi, de ma maison et de mes gens. Si je comptais moins sur vos bontés, je la jetterais au feu; mais je vous l'envoye telle qu'elle est et je vous prie d'agréer mes excuses.
Abbé DE CONDILLAC[ [47].
Parme, 6 décembre 1766.
Le duc répondit le 26 décembre:
Vrayment, mon cher abbé, ç'auroit été un trésor pour tous que ce logement de M. de Guer dont vous a parlé M. de la House, tout boisé, dans la rue de Condé, à 1 500 livres de loyer; c'étoit un trésor; mais ne vous en réjouissez pas; car voicy le fait: ce n'est point un apartement, mais une maison entière, très petite à la vérité et propre à un garçon. M. de Guer croit qu'il sera obligé de la quitter, parce que le propriétaire veut la vendre, au lieu d'y faire des réparations convenables et urgentes dont elle a besoin. Enfin le prix du loyer qu'en donne M. de Guer est 2 600 livres et non pas 1 500. Vous voyés que notre Ministre n'a rien exagéré dans son récit, il s'en faut bien; mais vous voyés, par le détail exact que je viens de vous faire, qu'il n'y a rien qui vous convienne. Je crois toujours vous avoir fait moy une vraie trouvaille dans ce petit appartement au Luxembourg dont je vous ay parlé et sur lequel j'attends votre réponse. Je suis très intimement convaincu que vous ne sauriés mieux trouver à tous égards.
J'ai reçu hier la lettre que l'Ogre m'a écrite le 13 de ce mois et j'y répondray al solito, par l'ordinaire prochain. Il me dit que vous devés partir vers le milieu de janvier, et j'en infère que vous pouvés encore recevoir cecy à Parme. Je l'adresse pourtant à l'Ogre à tout hasard. Je suis non surpris, mais très content et édifié, de l'arrangement utile, honorable et distingué que le Sully de Parme a fait pour votre retraite. Nous vous en faisons, Mad. de Rochefort et moy, notre compliment tendre et sincère en vous embrassant de tout notre cœur. Cela nous a fait pleurer à nouveau la pauvre Mad. du Chatel. Comme elle y aurait été sensible! Comme elle aurait joui de votre accroissement d'honneur, de fortune et de bonheur! Nos sentiments suppléent bien aux siens, mon cher abbé; Votre éminente Grognerie doit en rester plus que persuadée, comme disent les Italiens...
Adieu, mon cher abbé, nous nous portons comme de coutume, c'est-à-dire très passablement, et nous vous aimons comme de coutume, c'est-à-dire beaucoup. Ne manqués pas de faire mille tendres compliments à l'Ogre de Mad. de Rochefort. Portés-vous bien dans vos courses, et tachés de vous souvenir que je ne pourray pas vous écrire, si vous ne me donnés pas des adresses.