Le prince parle aux états généraux du prix qu'il attache à leur approbation:
«Combien, messieurs, que je ne suis pas tellement ennemi de ma bonne renommée, que je ne prinse à gré, comme j'espère mes actions le mériter, d'estre en bonne estime envers tous les princes, potentats et républiques de ce monde, fors envers les Espaignols et leurs adhérens, desquels persévérants en la poursuite de leur tyrannie, je ne désire ni grâce, ni faveur, ni amitié quelconque: toutesfois puisque vous estes seuls en ce monde à qui j'ai serment, auxquels seuls je me tiens obligé, qui seuls avez puissance d'approuver mes actions, ou de les improuver, je me tiendrai pour bien satisfaict, quand j'aurai reçu tesmoignage de vostre part conforme à mes intentions, qui ont esté tousjours conjointes à vostre bien, utilité et service: et endurerai patiemment les aultres peuples et nations en juger selon leurs passions et affections, ou bien, ce que plus je désire, selon l'équité, droiture et justice.»
Le mariage contracté par Guillaume avec Charlotte de Bourbon est incriminé par Philippe II; mais, de quel droit un tel homme se porte-t-il accusateur, alors qu'il est lui-même sous le coup de formidables accusations? Les critiques qu'il ose élever ne sont-elles pas, d'ailleurs, dépourvues de tout fondement?
La réponse à la première de ces questions est empreinte d'une légitime indignation, qui se traduit par le tableau des effroyables désordres dont s'est rendu coupable, dans sa vie privée, le royal accusateur.
Parlant d'abord des adhérents de celui-ci, le prince dit:
«D'autant qu'on ne s'est pas seulement adressé à ma personne, pour m'accuser d'ingratitude et d'infidélité, mais aussi, comme la rage et fureur mord également tout le monde, aussi bien l'innocent comme celui qu'on juge estre coulpable, ainsi leur pétulance a esté si grande que de vouloir toucher à l'honneur de ma compagne par le blasme qu'ils cuident mettre sus à mon dernier mariage. Je ne sçai si je les trouve plus à condamner en impudence ou en bestise, n'aiant sceu ces savants hommes, qui se vantent d'estre si bons peintres, practiquer la leçon chantée et rechantée par les plus petits escolliers: Celui qui s'appareille pour mesdire d'aultrui doibt estre exempt de tout crime. Car c'est une impudence et témérité, s'ils cognoissent leurs faultes si notables, et néantmoins passent par dessus leurs épines et chardons, comme si c'estoient roses: ou si ils ne les cognoissent, quelle bestise est-ce, quelle stupidité, de ne point voir ce qui se présente, à toutes heures, à leurs yeux? Ils voient, tous les jours, un roi qui......., et ils m'osent reprocher un mariage saint, honeste, légitime, faict selon Dieu, célébré selon les ordonnances de l'église de Dieu.»
(Suit alors le tableau des désordres reprochés à Philippe II.)
Quant à la légitimité de l'union contracté avec Charlotte de Bourbon, le prince s'exprime ainsi:
«Ores qu'il (Philippe II) ne feust tellement souillé et qu'on peust le tenir pour innocent, si est-ce que je ne crains point qu'il me puisse reprocher aulcune faulte: et, Dieu merci, je n'ai rien faict que bien meurement et avecq le conseil de plusieurs personnages d'honneur, sages et discrets. Et n'est besoing qu'il se donne beaucoup de peine de chose en laquelle il n'a que veoir, et de laquelle aussi je ne suis tenu de lui rendre aulcun compte. Car, quand à ma défuncte femme, elle appartenoit à princes de très grand lieu, princes sages et d'honneur, lesquels je ne doubte qu'ils n'aient toute satisfaction. Et quand je vouldrai entrer plus avant en ce discours, je lui pourrai bien faire cognoistre que les plus sçavants de ses docteurs le condamnent. Quant à ce qui touche le mariage auquel je suis allié à présent, quoiqu'ils facent bouclier du zelle qu'ils veulent faire paroistre avoir aus traditions de l'église romaine: si est-ce qu'ils ne feront jamais croire à personne de ce monde qu'ils soient plus grands zélateurs d'icelle église que monsieur de Montpensier, monsieur mon beau-père, lequel ne faict pas profession de sa religion comme faict le cardinal de Grandvelle et ses semblables, mais comme il pense sa conscience lui commander, et toutesfois aiant bien poisé ce qui est passé, et aiant ouï l'advis de plusieurs des principauls de la cour de parlement de Paris assemblée à Poictiers pour les grands jours, aiant aussi ouï l'advis des évesques et docteurs, a trouvé, comme telle est la vérité, que non seulement ores qu'il y eut eu promesse de la part de ma compagne, elle estoit nulle de droict, pour avoir esté faicte en bas âge, contre les canons, ordonnances de France et arrests des courts souveraines, mesmes contre les canons du concile de Trente auquel mon ennemi défère tant; mais que jamais n'y eut aucune promesse faicte, ains plusieurs protestations au contraire, dont est apparu par bonnes informations faictes mesmes en absence de ma compagne. Et quand tout cela ne seroit point, si est-ce que je ne suis pas si peu versé en la bonne doctrine, que je ne sache tous ces liens de conscience retors par les hommes ne pouvoir estre à aulcune obligation devant Dieu.»
Quels accens que ceux du père, à la pensée du jeune fils dont les Espagnols se sont emparés, par une ruse infâme, et qu'ils tiennent en captivité!