Les plus caractéristiques sont dans le sud et appartiennent à l’arrondissement de Sartène. Le dolmen de Fontanaccia est le plus beau et le mieux conservé: sept dalles supportent une table longue de 3ᵐ,40 et large de 2ᵐ,90; la chambre, enfoncée dans le sol d’environ 40 centimètres, mesure intérieurement 2ᵐ,60 de long, 1ᵐ,60 de large et 1ᵐ,80 de haut. Sur la face supérieure de la table se trouvent trois cuvettes réunies au bord par des rigoles taillées de main d’homme. Auprès de ce dolmen, deux petits menhirs isolés sont cachés dans le maquis. Au pied du rocher de Caouria, un alignement comprend 32 menhirs, dont 26 debout et 6 renversés. A quelque distance, l’alignement de Rinaïou comprend 7 menhirs rangés en ligne droite. Citons encore le menhir de Vaccil Vecchio, véritable colonne de 3ᵐ,20 de haut, celui de Capo di Luogo, plus large au sommet qu’à la base, les blocs de la vallée du Taravo dont la longueur dépasse 4 mètres, etc.
Le groupe septentrional, qui occupe une portion de l’arrondissement de Bastia et s’étend jusque sur celui de Calvi, est beaucoup moins riche et moins intéressant. Les principaux menhirs sont à Lama et les dolmens du monte Rivinco sont curieusement composés de dalles de gneiss.
Des cimes de Cagna, escarpées sur le ciel, se détache une ébauche gigantesque de statue d’homme que l’on découvre de très loin. Est-elle due au caprice de la nature? Doit-on la rapprocher de celle d’Appricciani, à Sagone, qui semble l’œuvre inachevée d’un artiste? Celle-ci est une tête de géant, posée sur un piédestal, haut de 2 mètres environ. Mérimée la prit pour une idole; Renan la mentionne dans sa Mission de Phénicie, sur les indications du baron Aucapitaine, comme un couvercle de sarcophage phénicien; ce ne serait, d’après M. Michon, qu’un menhir sculpté.
Quoi qu’il en soit, il est certain que les traces de travail humain sont rares sur les dolmens et les menhirs. Pour juger ce que fut la «civilisation» des néolithiques, il convient d’examiner leur outillage qui fut, ici comme sur le continent, très perfectionné. Haches de pierre polie, pointes de flèches, racloirs, couteaux, débris de poteries, percuteurs, broyeurs, polissoirs, etc., une série d’objets dont le fini remarquable témoigne de la patience et de l’habileté des ouvriers, ont été retrouvés en Balagne, près de Bonifacio, à Vizzavona, ailleurs encore.
Les découvertes de M. Simonetti-Malaspina en Balagne ont une importance particulière. Sur le territoire de Ville-di-Paraso, à 2 kilomètres environ du village et à 8 kilomètres de la mer, se trouvent les ruines d’une ancienne cité: les vestiges du mur d’enceinte sont encore très apparents; sur une surface de plus de 50 hectares, le sol est couvert de débris de poteries; on a recueilli en cet endroit des marteaux, des polissoirs, des fragments de vases en porphyre et surtout une quantité considérable de petits moulins à moudre le blé. On y a trouvé—on y trouve encore—beaucoup de pointes de flèches en silex noir du pays.—Dans d’autres régions, les ouvriers se servent de serpentine, de quartz ou même de diorite. Près de Bonifacio, le commandant Ferton a relevé de nombreux débris d’obsidienne provenant probablement de Sardaigne: de bonne heure des échanges durent avoir lieu entre les deux grandes îles de la Méditerranée Occidentale. Une même race peuplait la Sardaigne et la Corse: celle des Ibères et des Ligures. Tels sont en effet les peuples que l’on retrouve partout à l’arrière-plan de la civilisation dans la Méditerranée Occidentale; ils paraissent avoir joué le même rôle que les Pélasges dans la Méditerranée Orientale, ils sont «le peuple x» de l’antiquité.
L’homme néolithique de Bonifacio trouvait un asile dans les nombreux abris sous roche de la région; il se nourrissait des produits de la chasse et de la pêche, principalement de coquillages marins et du lagomys corsicanus, petit lièvre de la grosseur d’un rat, aujourd’hui disparu. Il ne dédaignait pas l’art de plaire, se parant de colliers ou de bracelets de coquilles, et se teignait le corps. Quand il mourait, on pliait le cadavre dans la position de l’homme accroupi et on l’inhumait avec des vivres et des outils.
Grâce à des découvertes récentes, l’âge du bronze commence à être représenté en Corse par des spécimens assez nombreux, provenant surtout de la Balagne. Quant à la civilisation des armes de fer, elle s’est véritablement épanouie. C’est à elle que l’on doit les riches sépultures qui, à Prunelli di Casacconi et surtout à Cagnano, près de Luri, ont livré, avec de remarquables débris de squelettes, une foule de bijoux et d’ustensiles: fibules, bracelets, agrafes, creusets pour fondre le métal, perles en pâte de verre, boutons et appliques en or, peignes, chaînettes et pinces épilatoires, manches de poignards hallstattiens.
Quelle est l’origine de ces objets, dont quelques-uns révèlent une fabrication délicate? Y avait-il dans l’île des fondeurs de bronze établis à demeure? Doit-on, au contraire, reconnaître ici l’œuvre des
La Tour dite de Sénèque.—Tour de Griscione. (Sites et Monuments du T. C. F.)