St-Florent: la Citadelle.—Ibid.: Cathédrale de Nebbio.—Corbara: le Couvent. (Sites et Monuments du T. C. F.)

Pl. III.—Corse.

ne peut éternellement durer; à chaque génération les liens du sang s’amoindrissent: la lutte pour les intérêts personnels devient plus vive. En vain, la vieille coutume de famille, l’instinct de conservation au milieu des éléments étrangers, les traditions combattent encore pour la maintenir, tout est inutile; le progrès de l’émancipation individuelle l’emporte, on ne divise pas encore le fief principal, la capitale de ces états disséminés, mais chacun, peu à peu, se sépare du tronc et se fixe sur une terre, dans un château où le retiendront plus tard la pauvreté et l’impuissance.

Quoi qu’il en soit, la plupart des familles toscanes qui furent mêlées à l’histoire de la Corse aux XIIᵉ et XIIIᵉ siècles, sont issues de ces premiers marquis dont l’héritage est parfois passé, par leurs filles, en des races étrangères. C’est ainsi que Hugues de Baux, de maison française, devint juge de Cagliari et marquis de Corse (1219), Adelasia d’Arborea, sa cousine par alliance, rendit hommage au Saint-Siège pour la Corse (1236), et l’épitaphe de son mari, Enzio, fils de Frédéric Barberousse, qualifie roi de Corse ce prince infortuné. Le petit-fils d’Adelasia, Ugolino della Gherardesca, dont le père a inspiré au Dante l’un de ses tableaux les plus dramatiques, vint en Corse combattre Giudice de Cinarca (1289). Les prétentions d’autres Obertenghi prouvent que c’est bien l’héritage de Bonifacio qu’ils se disputent: en 1171, les Malaspina, appuyés par les Pisans, font la guerre aux marquis qui, pour défendre leurs biens corses, s’adressent aux Génois; un traité intervient; mais un siècle plus tard (1269), c’est avec des soldats génois qu’Isnardo Malaspina envahira le sol de la Corse.

Les souvenirs laissés par les marquis confirment l’opinion exprimée par l’annaliste génois Caffaro (XIIᵉ siècle). «La coutume des marquis, écrit-il, est de préférer le brigandage à l’honnêteté.» L’un d’eux Guglielmo, fils d’Alberto Corso, se signala entre tous par ses méfaits: il s’empara, contre tout droit, des judicats d’Arborea et de Cagliari en Sardaigne, il persécuta l’archevêque d’Arborea, répudia sans raisons sa femme légitime, fit contracter à sa fille des noces incestueuses et se lia d’amitié avec les princes mahométans, toutes choses qui lui valurent la réprobation de ses contemporains et des avertissements pontificaux dont il ne tint d’ailleurs aucun compte. Giovanni della Grossa cite avec indignation certains marquis qui voulaient que «les femmes de leur seigneurie se livrassent à eux avant de vivre avec leurs maris». Peu disposés à se soumettre à ce rite, les habitants de San-Colombano massacrèrent trois de leurs seigneurs en un seul jour.

Au XIᵉ siècle, la part des marquis de Massa di Corsica s’étendait encore sur tout l’En-deçà-des-Monts; la révolte de leurs vicomtes les privera du Cap-Corse. Appauvris par leur accroissement, ils luttent avec peine contre leurs anciens vassaux (seigneurs de Speloncato, de Loreto, etc.); cependant en 1250, il leur reste encore: 1º au nord les pièves de Giussani (Olmi-Capella), Ostriconi (Belgodere), Caccia (Castifao); 2º en allant vers le sud-est, tout le pays compris entre les châteaux de Rostino et de Santa-Lucia qui leur appartiennent avec leur territoire; 3º à l’ouest, les pièves de Verde et de Pietra-Pola, prolongement au nord et au sud de la plage d’Aleria, sur une longueur de soixante milles environ.

Les révolutions populaires du XIVᵉ siècle (bien que leur château de San-Colombano ait été incendié par le peuple) ne ruinèrent pas leurs privilèges féodaux. Après le mouvement communal de Sambocuccio d’Alando (Voir ch. VII), ils continuent à faire des donations aux églises et à guerroyer contre leurs voisins. Cependant l’un des moins affaiblis d’entre eux, Andrea, en 1368, abandonne ses biens au monastère de San-Venerio de Tiro et passe en terre ferme après avoir signé un traité avec les seigneurs de Speloncato; il ne conservait en Corse que son château de San-Colombano qu’il avait réparé ou reconstruit.

Les comtes.—Ils furent, suivant la tradition, les souverains héréditaires de la Corse du IXᵉ au XIᵉ siècle, et ont pour auteur un comte Bianco dont la légende a fait un fils de l’hypothétique Ugo Colonna (V. l’introduction bibliographique). Avec plus de vraisemblance, nous verrons dans cette dynastie une branche des marquis d’Italie plus anciennement fixée dans l’île que les Obertenghi, et plus rapidement mêlée à l’élément indigène. Comme les marquis, ils se divisent en Bianchi (Blancs) et en Rossi (Rouges) et se transmettent les prénoms en usage chez les Obertenghi avec une régularité qui prêterait à la confusion si le rôle de ces derniers n’était suffisamment précisé par les documents. Le comté des Iles était d’ailleurs sous la juridiction directe des marquis. L’un des copistes de Giovanni della Grossa fait judicieusement descendre les comtes de Bonifacio à qui il donne le surnom de «Bianco», conciliant ainsi la légende et la vraisemblance, mais le transcripteur a le tort de nous présenter comme un fait acquis ce qui n’est qu’une supposition interpolée dans le texte du vieux chroniqueur.