En résumé, le Temps de la Commune ne fut qu’un épisode de la guerre de Gênes contre l’Aragon, et des luttes de la démocratie génoise contre des tyrans dangereux, non à cause de leur tyrannie, mais en raison de leur indiscipline. La République, qui avait laissé au peuple corse la consolation ou plutôt l’illusion de s’être donné soi-même, envoya comme gouverneur le frère du doge, Giovanni Boccanegra. (Octobre 1358.)

Le rôle de Sambocuccio a été considérablement amplifié par les historiens modernes qui ont vu en lui non seulement le libérateur du peuple, mais encore le législateur de la Corse. Il n’existe ni tradition, ni document qui appuie cette opinion, née au XVIIIᵉ siècle, dans des conditions que nous avons relatées au début de cet ouvrage. Le peuple l’avait choisi pour le diriger contre les seigneurs; par deux fois, Sambocuccio négocia avec la République l’envoi d’un gouverneur, et représenta très probablement le parti populaire à Gênes où des actes notariés nous signalent sa présence. En Corse, il semble n’avoir exercé que les fonctions de conseiller du gouverneur qu’il partageait avec six autres insulaires.

Rien d’important ne signale le gouvernement de Giovanni Boccanegra. Après son départ (1362), les seigneurs recommencèrent à peser sur le peuple. Sambocuccio s’adressa encore aux Génois qui envoyèrent comme gouverneurs Tridano della Torre et Filippo Scaglia. Ceux-ci détruisirent les châteaux et soumirent tous les seigneurs. Ils se firent remettre par chacun des Cinarchesi une caution assez forte, à défaut de laquelle ils prirent en otage un fils ou une amie.

Les conventions passées entre les chefs du peuple corse et la commune de Gênes, ne sont pas parvenues jusqu’à nous: «Les conditions, dit Giovanni della Grossa, étaient que les Corses ne seraient jamais obligés de payer plus de vingt sous par feu chaque année.» Les documents nous apprennent que le gouverneur, assisté d’un vicaire et d’un jurisconsulte, devait prendre l’avis d’un conseil composé de six Corses. Chaque paroisse était administrée par son gonfalonier, chaque groupe de villages par un podestat.

Des désordres de toute nature signalent le milieu du XIVᵉ siècle; c’est d’abord l’apparition de la secte des Giovannali dont «la loi portait que tout serait commun entre eux», et que l’opinion

Sartène: vieilles maisons. (Sites et Monuments du T. C. F.)—La Porta: le Clocher et l’Église. (Ph. Damiani.)—Cargèse.(Sites et Monuments du T. C. F.)

Pl. V.—Corse.

publique accusait de débordements et de crimes inqualifiables. Le pape les excommunia et envoya contre eux un commissaire avec quelques troupes; les Corses se joignirent à la petite armée, et les Giovannali furent exterminés.