Mais il n’y séjourna pas longtemps; Rinuccio di Leca soupçonnant la Banque, dont jusque-là il avait été l’allié, de vouloir faire de lui ce qu’elle avait fait de Gian-Paolo, engagea ce dernier à revenir en Corse pour combattre avec lui. L’exilé ne se fit pas réitérer l’invitation; il leva une troupe de trois cents Sardes (1488), débarqua en Corse, et joignit son cousin.

Dès que la Banque apprit ce soulèvement, elle envoya dans l’île Ambrogio di Negro, «homme de très grande astuce», et Rollandino Conte qui se firent battre complètement à Bocognano, mais la discorde s’étant glissée parmi les Leca, ceux-ci

Théodore Iᵉʳ, roi de Corse (d’après une attribution du XVIIIᵉ siècle).—Monnaies de Théodore Iᵉʳ (Bibl. Nat. Cabinet des Médailles).—Le Satyre corse, caricature allemande (d’après Le Glay, Théodore de Neuhoff, Paris et Monaco, 1907).

PI. VII.—Corse.

essuyèrent, le 29 mars 1489, une terrible défaite. Filippo di Fiesco, capitaine-général de l’armée génoise, avait été très lié avec Rinuccio di Leca: il en profita pour l’attirer dans un guet-apens, et l’envoya à Gênes où il fut jeté en prison et exécuté.

Sous le gouverneur Gaspardo di Santo-Pietro (1489), tout insulaire soupçonné d’intelligences avec les rebelles était mis à mort ou exilé, et ses biens employés à constituer une caution; à ceux qui n’avaient rien et même aux chefs trop dangereux on prenait, selon l’usage, leurs fils ou leurs plus proches parents: c’était la garantie qu’ils ne porteraient pas les armes contre la république.

Pour les moindres délits, des amendes étaient appliquées de la façon la plus arbitraire, les fonctionnaires avaient ordre de ne pas les ménager «d’abord, disent les instructions aux gouverneurs, parce qu’elles retiennent les Corses dans le devoir, ensuite parce qu’elles diminuent les dépenses que l’Office s’impose pour maintenir l’île en paix».

Dès 1457, la Banque avait conçu le projet de construire une forteresse à Ajaccio. Les guerres contre les seigneurs de Leca firent apprécier l’utilité de cette construction. En mars 1489, Ambrogio di Negro écrivait aux Protecteurs: «Je rappelle à vos seigneuries que si elles veulent la paix, il faut dépeupler la région et peupler Ajaccio, y construire une forteresse et détruire complètement la race des Leca.»