Lorsque la grande insurrection contre Gênes éclata en 1729, unissant dans un même sentiment d’indignation, dans une même aspiration vers l’indépendance, le peuple entier des deux côtés des monts, les gens de Vico sommèrent les Grecs de se joindre à eux. Mais les Grecs n’avaient eu qu’à se louer de la République Sérénissime: ils refusèrent de la trahir. Alors Vicolésiens et Niolains envahirent Paomia et, malgré une vive résistance à la tour d’Ormigna, ils désarmèrent les habitants (avril 1731). La ville fut saccagée et les champs dévastés. Mais les Corses laissèrent aux habitants la vie sauve. Ils ne voulaient que détruire l’œuvre des Génois, ils ne pouvaient reprocher aux Grecs leur fidélité et leur loyalisme: ils les laissèrent partir pour Ajaccio. Le séjour à Paomia avait duré 55 ans.

Dans la Corse insurgée contre leurs maîtres et leurs bienfaiteurs, les exilés, ballottés à tous les vents, sans ressources et souvent sans abri, mènent une existence lamentable et douloureuse. Au moment de la conquête française, ils songeaient à s’établir en Espagne. Marbeuf les fixa en Corse: accomplissant une mesure de justice et de pitié, songeant à rendre l’île «riche et industrieuse», il fit construire 120 maisons non loin des anciens défrichements de Paomia et, parmi les cultures, dans un cadre de collines dorées, Cargèse la Blanche se fonda. Après bien des péripéties qui durèrent jusqu’en 1814, une histoire plus paisible commença pour la ravissante bourgade grecque, cramponnée à la terre dont on a voulu tant de fois l’expulser.

XV
LA QUESTION CORSE ET LA POLITIQUE FRANÇAISE

Les éléments économiques et politiques de la question corse.—L’affaire du droit des trois tours.—Le soulèvement de 1729 et l’intervention autrichienne.—La révolte de 1735 et le «secret» de Chauvelin.

Dans leur tentative de colonisation étrangère en Corse, les Génois avaient échoué, parce qu’ils avaient prétendu résoudre la question corse sans les Corses et même contre eux. De ce fait leur domination même se trouva définitivement ébranlée, et la question corse va entrer dans une nouvelle phase.

Les soulèvements locaux étaient continuels. Sans avoir la gravité d’une insurrection générale, ils révélaient du moins l’impuissance croissante du gouvernement génois. En vain le Sénat recourait-il aux mesures les plus violentes et les plus arbitraires: peine de mort contre quiconque offenserait un agent de la République ou se disposerait à l’offenser, contre quiconque aurait quelques relations que ce soit avec un «bandit», défense faite en 1715 à tous les Corses de porter les armes. Il y avait plus de mille assassinats par an. Le clergé entretenait l’agitation, car les meilleurs bénéfices étaient réservés par la métropole à des Génois; ils

Acte de baptême de Bonaparte.—Ajaccio: Maison de Bonaparte.

Bastia: Statue de Napoléon. (Sites et Monuments du T. C. F.)

Pl. X.—Corse.