Il était né, en effet, à Bastelica, et non «au château de Sampiero sur le Tibre» ainsi que l’assure la Biographie Firmin-Didot. Relevons à son sujet quelques assertions erronées. Il ne servit point comme page dans la maison du cardinal Hippolyte de Médicis qui était de treize ans plus jeune que lui. Il ne fut jamais colonel-général des Corses, charge qui ne fut créée qu’après sa mort pour son fils Alphonse, non plus que colonel du Royal-Corse, ce genre de dénomination étant inconnu au XVIᵉ siècle.

Bayard, ainsi que le connétable de Bourbon, raconte-t-on aussi, auraient exprimé hautement leur admiration pour Sampiero. On ne saurait sans parti pris nier ces propos: le colonel des Corses était digne de l’estime de ces braves capitaines, mais si celle-ci s’est manifestée, il est certain que ce ne fut que sous la plume d’écrivains du XIXᵉ siècle.

Sixte-Quint.—On trouvera, dans certains ouvrages, Sixte-Quint au nombre des personnages illustres produits par la Corse, et la raison qu’on en a donnée est que ce pontife s’appelait dans le monde Peretti. Si ce patronymique est répandu en Corse, il ne l’est pas moins en Italie, où il correspond au français Péret, Petit-Pierre. Un Corse, capitaine général des galères pontificales, Bartolomeo de Vivario, dit da Talamone, mort en 1544, avait bien adopté le nom de Peretti qui était celui d’une famille de Sienne à laquelle il s’était allié, et qui se targua de sa parenté avec les Peretti de Montalto (près d’Ancône) quand la fortune eût élevé l’un de ces derniers à la pourpre cardinalice; mais aucun lien ne rattache Sixte-Quint à Bartolomeo Peretti non plus qu’à d’autres familles corses qui ne furent ainsi désignées que bien après la mort de ce pontife. Ces rapprochements purent cependant offrir un fondement à l’opinion susdite qui a pris depuis tous les caractères d’une tradition.

Christophe Colomb.—On a mené grand bruit depuis une quarantaine d’années autour d’une découverte dont l’intérêt (si elle avait été justifiée) dépassait de beaucoup les bornes de l’histoire locale. Selon deux ecclésiastiques corses, MM. Casanova et Peretti, Christophe Colomb serait né en Corse et, pour des raisons difficiles à comprendre, aurait tenu son origine secrète. Cette thèse que combattit M. le chanoine Casabianca, et contre laquelle s’inscrivirent les savants du monde entier, a été reprise de nouveau, en 1913, dans le Mercure de France par M. Henri Schœn, qui se flattait d’apporter des preuves irrécusables de l’origine corse du grand navigateur.

L’article du Mercure ne fit que reproduire les arguments émis jadis par MM. Casanova et Peretti, à savoir que dès le XVᵉ siècle, il existait à Calvi une famille de navigateurs fameux du nom de Colombo; que ceux-ci étaient indifféremment connus sous les noms de Calvi, Calvo ou Corso, mais que leur véritable patronymique est Colombo; que les Corses paraissent avoir été nombreux dans l’entourage de Colomb; qu’une tradition fort ancienne à Calvi, veut que le grand navigateur soit né dans cette ville... etc.

A ces raisons—les principales—on répondra que si l’appellation de Colombo figure dans certains actes du XVIᵉ siècle à Calvi, c’est en qualité de prénom, et que ce prénom, fort répandu sur les bords de la Méditerranée, devint le patronymique de tant de familles qu’il n’est pas, suivant l’expression de M. Henry Harrisse «trois villes sur cent» où l’on ne rencontre des familles Colomb (Colombo ou Colon).

Mais au XVᵉ siècle, rien n’établit qu’il en ait existé une à Calvi: la famille reconstituée par les auteurs de cette thèse, se compose d’un gascon connu sous le nom de Colomb-le-jeune, d’un Corse sans patronymique (Bartolomeo Corso), et de différents membres de la famille Calvo dont l’identité et le rôle historique sont strictement établis. Pour obtenir une famille de navigateurs du nom de Colombo à Calvi, il fallut: 1º traduire—librement—Calvo (Chauve, Chauvin) par le Calvais ou de Calvi; 2º supposer arbitrairement que cette dénomination ne pouvait s’appliquer qu’à des gens du nom de Colombo; 3º fermer obstinément les yeux sur la biographie des personnages dont on travestissait l’identité.

Quant aux Corses dans l’entourage de Christophe Colomb, on n’en trouvera trace ni sur les rôles d’équipage, ni dans le journal de bord de l’Amiral, ni dans les enquêtes postérieures au voyage, ni même dans les œuvres des écrivains insulaires.

Pour prouver l’ancienneté de la tradition de Colomb calvais, M. Schœn cite une élégie en vers à ce sujet «que M. Gaston Paris n’hésitait pas à placer au XVIᵉ siècle». Or, Gaston Paris, dans la séance du 5 février 1886, avait, tout au contraire, déclaré que cette pièce ne devait être accueillie qu’«avec beaucoup de défiance».

M. Casanova croyait que «l’acte de baptême de Christophe Colomb existait à Calvi». M. Schœn qui est allé enquêter sur place, ne s’étonne pas de la disparition de ce papier concluant; car, dit-il, «il se trouve précisément que les archives de Calvi furent détruites par un incendie à la fin du XVIᵉ siècle». M. Schœn aurait tort de déplorer plus longtemps ce sinistre, car en supposant que les archives de Calvi soient intactes, en admettant même que cette ville ait donné naissance à l’Amiral, il n’y trouverait certainement pas l’acte de baptême de Colomb, né près d’un siècle avant que le Concile de Trente eut prescrit la conservation des actes d’église!...