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En 1768, la Corse étant passée sous la domination française, le nouveau régime se montra trop sévère, car il oublia souvent qu’il avait affaire non à des criminels de droit commun, mais à des hommes qui ne voulaient pas plus reconnaître au roi de France le droit de les acheter qu’à la république celui de les vendre.

Le premier édit concernant la vendetta est du mois de juin de 1769. Il est ainsi conçu : « L’assassinat prémédité avec guet-apens sera puni du supplice de la roue. Voulons que, en cas qu’il ait été commis par vengeance ou querelle de famille, en haine transmise, la maison du coupable soit rasée et sa postérité déclarée incapable de remplir jamais aucune fonction publique. »

Les ordonnances de mars et de juin 1770 s’expriment ainsi :

« Ceux de nos sujets corses qui seront arrêtés porteurs d’armes à feu, ou dans les maisons desquels il en sera trouvé, seront punis de mort. La peine de mort sera prononcée contre les malfaiteurs connus dans l’île sous le nom de bandits.

« Considérant que les bandits n’ont pour but que le vol et l’assassinat, en vertu des pouvoirs à nous donnés par Sa Majesté, déclarons par ces présentes que dans la marche que nous allons faire contre les bandits, ceux qui seront pris seront pendus, à l’heure même, au premier arbre et sans autre forme de procès. »

La justice ne se contenta pas d’exécuter les édits à la lettre ; elle inventa des supplices nouveaux contre les gens qui portaient des armes sans permission. Quand on en trouvait, on pliait deux grosses branches d’arbres de façon à les rapprocher, à l’une on attachait les jambes, à l’autre les bras du coupable, puis on rendait à l’arbre sa liberté. Les branches en reprenant leur position naturelle brisaient le corps du supplicié.

Il est vrai qu’au XVIIIe siècle il exista des bandits qui eussent été plus justement qualifiés brigands. Jaussin, pharmacien en chef de l’armée française en 1739, raconte le fait suivant qui est particulièrement typique :

Il avait logé trois semaines chez un prétendu bourgeois qui avait de bonnes manières et une maison de belle apparence. Il lui laissa donc avec confiance sa cassette contenant pour 4.000 livres d’argenterie, de bijoux et d’argent qui, à son retour, lui fut remise intacte.

Ce fidèle dépositaire n’était, toutefois, ainsi que ses deux frères, son oncle et son cousin, qu’un ladro publico (voleur public), la bande assassina vers ce temps plusieurs soldats, vivandiers et autres passants.