Un duel qu’il eut avec un de ses collègues, quand il servait sous les ordres de Jean de Médicis, achèvera le portrait de ce soldat dont ses contemporains admirèrent la bravoure et l’énergie constante au milieu des circonstances les plus pénibles d’une vie bizarrement accidentée.

Sampiero Corso et Giovanni da Torino étaient donc en désaccord. Jean de Médicis, connaissant leur humeur et sachant que ce désaccord était appelé à un dénouement tragique s’il n’y mettait ordre, employa tous les moyens qu’il avait en son pouvoir pour les réconcilier. N’y pouvant parvenir, de dépit, il déchira sa cape en deux, leur en donna chacun la moitié et deux bonnes épées. Puis il les enferma dans une salle, en leur disant qu’ils en sortiraient quand ils se seraient mis d’accord.

Sans préambules inutiles, ils furent tout de suite d’accord pour en venir aux mains. Giovanni da Torino « donna, dit Brantôme, une estocade au front de Sampiero, petite pourtant, mais d’importance, d’autant que le sang lui commença aussitôt à lui couler sur les yeux et le long du visage, si bien qu’à tous les coups, il lui fallait porter la main pour essuyer ses yeux. »

Alors Giovanni da Torino abaissant son épée, lui dit :

— Sampiero Corso, arrête-toi et bande un peu ta plaie.

L’autre le prit au mot, sortit son mouchoir et banda sa blessure le mieux qu’il put. Puis le combat recommença, mais avec une telle âpreté que Sampiero fit sauter au loin l’épée de Giovanni. Ce fut au tour de Sampiero à suspendre le combat en disant à son adversaire :

— Giovanni da Torino, ramasse ton épée, car je ne veux pas profiter d’un avantage pour te blesser.

On pourrait supposer qu’après cet échange de courtoisies, les deux champions étaient bien près de se tendre la main et de faire la paix. Ils n’y pensaient même pas, et les gens qui suivaient les péripéties du combat à travers les fentes des portes, les virent se porter des coups tels que d’un commun accord, ils vinrent supplier Giovanni de Médicis d’intervenir.

Quand celui-ci entra dans la salle, il les trouva « tous deux, l’un deçà et l’autre delà, tombés et couchés par terre, n’en pouvant plus, pour les grandes blessures qu’ils s’étaient entredonnées et du grand sang répandu. »

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