—Le marchand! Qui est-ce qui veut acheter quelque chose?
Rose demanda du pain blanc et un saucisson; la chanteuse prit aussi du pain et du papier pour écrire; la mendiante me regarda en ayant l'air de me dire:
—Vous n'avez donc pas d'argent, vous?
Puis, quittant sa place, elle alla cabrioler autour des provisions; la chanteuse lui donna la moitié de son pain.
—Allons, lui dit Rose, coupe un peu de mon saucisson, avant que je n'y touche, mauvaise teigne, et tâche un peu de dire que j'ai la gale!
La mendiante lui en prit la moitié et lui dit:
—Donne-moi un peu de ton pain.
Elle revint sur mon banc et me tendant la moitié de ce qu'elle avait, elle me dit:
—C'est pour nous deux.
Mon premier mouvement fut de repousser sa main, mais elle parut si triste de mon refus, que je pris la moitié de son pain. J'étais tout attendrie! j'avais envie de l'embrasser... Je cherchais ce que je pourrais lui donner... malheureusement je n'avais rien. Il me vint une idée! Je me levai, j'ôtai mon jupon de couleur; je l'avais fait avec une robe de mérinos. Il était bien propre, et comme ma robe était doublée, je pouvais à la rigueur m'en passer; je le lui donnai. Elle était plus petite que moi; mon jupon descendait assez bas pour cacher ses pieds nus. Elle sauta de joie.