Je ne puis vous dire ce que je souffris à cette vue. L'idée de passer dans cette cour, avec des gardes municipaux, comme des malfaiteurs, d'entendre insulter ces femmes, de m'entendre insulter moi-même, me faisait mourir de honte; je cachais ma tête dans mes mains, ce qui attira les railleries sur moi plus que sur les autres. J'entendais:
—Tiens, elle est laide, celle-là; elle cache sa figure.
Je pleurais; Thérèse me dit tout bas:
—Ne pleure pas, réponds ce que je t'ai dit à M. Régnier, et il te renverra chez ta mère.
Nous avions traversé les cours; nous étions rue de Jérusalem. Il y avait une bande de femmes accompagnées de gardes municipaux qui sortaient d'une allée; nous attendîmes qu'elles fussent sorties pour entrer. On nous fit monter deux étages et on nous introduisit dans une chambre où il y avait encore d'autres femmes. Cette pièce était nue: les quatre murs avec des bancs tout autour; la fenêtre donnait sur une cour sombre. Thérèse vint s'asseoir près de moi.
—Allons donc, me dit-elle, un peu de courage. Comment étais-tu là-haut? Tu n'avais pas d'argent. Tiens, voilà trois francs; car, si tu y retournes, tu ne pourrais manger le pain de la maison. Si je sors, ce que j'espère, j'irai chez toi demander ta mère ou m'informer de son adresse là-bas; si malheureusement je suis condamnée à un mois ou deux, et que tu sortes de suite, ce qui n'est guère probable...—je ne veux pas te faire peur, reprit-elle en me voyant pâlir, mais il y a des formalités, et on ne met en liberté qu'entre les mains des parents,—cela ne peut durer plus de huit jours.
—Huit jours! m'écriai-je, mais je serai morte dans huit jours. Si on me conduit encore dans cette maison d'où je sors, je me tuerai.
—Tais-toi, on nous écoute. Si tu pleures ainsi, on va nous séparer: je ne pourrai plus te parler.
On appelait en ce moment deux noms. Je regardai ce mélange de douleurs et de joie, de larmes et de gaieté. Les unes rentraient en riant.
—Je suis acquittée!