—Là, la belle, pas si vite, me dit le gardien en me retenant par le bras. Attendez qu'on sorte.

Nous étions dans un bureau qui servait d'antichambre.

On sonna de la pièce voisine, et on me fit entrer dans une chambre où il y avait beaucoup de cartons et un grand bureau. Un homme était assis derrière; je n'osais faire un pas vers lui. Il me dit sans relever la tête:

—Avancez donc!

Sa voix me fit trembler comme la feuille; mes dents claquaient si fort qu'il l'entendit et me dit:

—Voyons, ne faites pas la bête et répondez; je n'ai pas de temps à perdre.

Ce fut bien pis. Il me demanda deux fois mon nom sans que je pusse lui répondre; il se décida à me regarder, et voyant sans doute que je n'étais véritablement pas en état de parler, il me dit plus doucement:

—Remettez-vous... On vous a arrêtée hier avec une mauvaise femme qui vous donnait asile pour vous perdre. Que vous a-t-elle conseillé? qu'avez-vous vu chez elle? Dites-moi toute la vérité; c'est le seul moyen d'obtenir votre liberté.

J'avais pris le dessus, en songeant à cette pauvre fille, qui, je le voyais bien, s'était compromise par son bon cœur, et je répondis d'une voix ferme qui contrastait singulièrement avec l'émotion que j'avais eue en entrant.

Il me regarda d'un air méfiant.