Toutes se mirent deux par deux. On me plaça la dernière avec une jeune fille de ma taille.

Nous montâmes dans ce qu'on appelait le réfectoire. Il y avait trois tables très-longues, avec des bancs de bois de chaque côté.

On dit une prière en commun, puis on nous donna de la soupe. Toutes eurent fini en même temps.

On passa dans une classe disposée pour qu'on pût y prendre des leçons d'écriture, de musique vocale et de calcul. Cela durait deux heures.

On se rendait ensuite dans un atelier; chacune allait prendre sa place. On brodait des crêpes de Chine.

Il y avait entre les deux fenêtres un bureau élevé, où se tenait la sous-maîtresse, Mlle Bénard. C'était une femme d'environ trente ans, d'un extérieur agréable.

Elle nous fit approcher pour nous indiquer des places, et elle m'adressa quelques paroles bienveillantes. Je la pris tout de suite en amitié; c'était une excellente personne, trop douce, trop bonne pour les diables qu'elle avait à diriger.

A midi, on faisait un second déjeuner, puis on descendait à la récréation, dans une espèce d'enclos, sans arbres, sans fleurs; des murs tout autour de cinquante pieds de haut.

On jouait à toutes sortes de jeux. Les plus grandes étaient deux par deux et ne parlaient que très-peu aux plus petites. Elles s'aimaient au point d'être jalouses de l'amitié des autres.

Il y avait une nommée Denise, qui dès le premier jour s'était attachée à moi. Elle me faisait de petits cadeaux; tantôt une aiguille, tantôt des plumes; elle n'était pas chiche de compliments.