Soit qu'on ne comprît pas l'état de mon âme, qu'on ne crût pas à l'énergie de ma résolution, et qu'on fût heureux de se débarrasser de moi, par un motif ou par un autre, on ne combattait pas mes projets de départ.
La vie devenait insupportable pour tout le monde. J'avais tellement en horreur la faiblesse de ma mère que je ne pouvais plus la regarder. Enfin, il me vint une pensée terrible. Avant de tout quitter, je voulus faire une dernière épreuve.
—Voyons, dis-je à ma mère, je veux te convaincre. Fais semblant de passer la journée dehors; cache-toi dans ma chambre; écoute, et tu verras si je t'ai menti.
Elle hésita longtemps, mais enfin elle consentit. Nous convînmes de tout pour le lendemain.
Vincent rentra à neuf heures.
—Où est ta mère? me dit-il.
—Elle n'est pas revenue.
Il fit quelques tours dans la chambre sans me dire un mot, et il prit un livre.
Je regardai du côté du cabinet avec inquiétude, pensant que ma mère triomphait de voir l'épreuve tourner contre moi. Enfin ma haine l'emporta sur tout autre sentiment. Je m'approchai de lui.
—Vous aviez raison quand vous me disiez qu'elle ne me croirait pas. Il faut que vous lui ayez jeté un sort. Si je vous avais aimé autant qu'elle vous aime, qu'est-ce que vous seriez devenu?