—Oh! criait-il, je suis un misérable! Pauvre femme! je l'ai tuée! Mon Dieu! pardonnez-moi! Jeanne, mon amie, reviens à toi. Je n'étais pas digne de ton affection. Chasse-moi; voilà tout ce que je mérite.
Ma mère ouvrit les yeux, regarda autour d'elle et fondit en larmes. Je n'osais m'approcher.
—Sortez, nous dit-elle, allez-vous-en tous les deux: je veux être seule.
Vincent seul obéit à cette injonction.
—Où veux-tu donc que j'aille? dis-je à ma mère. Et je m'assis.
Elle se cacha la figure et parut ne plus s'occuper de moi.
Mon cœur sautait de joie dans ma poitrine. Il me semblait que j'avais reconquis ma véritable place dans la maison.
Une fois débarrassée de Vincent, j'étais bien certaine de regagner en peu de temps tout ce que j'avais perdu dans le cœur de ma mère. Mais si je connaissais ma mère, je ne connaissais pas encore Vincent. Non seulement il ne partit pas, mais je suis sûre qu'il n'éprouva pas la moindre hésitation.
Il y a des êtres dont on ne peut pas se défaire; celui-là était du nombre. Si cet homme n'eût pas été un libertin effréné, il eût été certainement l'être le meilleur et le plus doux qu'il soit possible de rencontrer. C'était un chef-d'œuvre de résignation et de patience. Il employait toutes les qualités de sa nature souple, facile et caressante à se tirer des mauvais pas où ses vices le faisaient tomber.
Ma mère garda le lit huit jours, avec des intervalles de fièvre, de délire et d'abattement.