Le sentiment qui me guidera dans ce récit est bien supérieur aux divers mobiles qui ont inspiré ma conduite. Je n'ai jamais eu de goût pour les livres obscènes; j'ai fait le mal en admirant le bien; j'ai vécu dans le vice en adorant la vertu, et je vais essayer de raconter, le plus chastement possible, la vie la moins chaste du monde.
Je quittai la maison en me promettant de ne pas revenir, si je rencontrais Denise où j'allais la chercher.
Les moindres détails de ce départ sont présents à ma pensée comme si j'y étais encore.
En descendant l'escalier, je touchai ma poche pour m'assurer que ma fortune—cinq francs—y était bien encore.
Il tombait une pluie fine. J'avais mis mes plus beaux atours, et, pour épargner mon bonnet, je pris un petit fiacre. Je donnai l'adresse au cocher, exactement comme dans mon rêve. En entendant le nom de la rue et le numéro, il resta tout ébahi, sans fermer la portière.
—Est-ce que vous ne savez pas où cela est? lui demandai-je inquiète...
—Si, si, me répondit-il en riant. Et il monta sur son siége.
Le trajet me parut long. Nous arrivâmes devant une belle maison; le cocher me fit descendre; j'hésitai avant d'entrer.
—Est-ce bien là que vous allez? me demanda-t-il.
—Je pense que oui, lui répondis-je honteuse. Si vous voulez m'attendre cinq minutes, vous me ferez plaisir.