—Je savais bien que c'était toi; je t'avais devinée! Ma petite chérie, que je suis heureuse de te voir!... Et elle m'embrassait mille fois.

Quant à moi, je ne pouvais lui dire un mot, tant j'étais surprise de son costume.

Elle avait une robe de chambre en satin rose, garnie de cygne; un jupon couvert de broderies; une chemise si transparente, que je voyais sa poitrine au travers. Ses cheveux avaient été frisés la veille et tombaient en désordre sur son cou. Son pied, que je n'avais jamais remarqué, me parut charmant dans sa pantoufle brodée d'or.

—Tu es étonnée de mon luxe, me dit-elle; reste ici avec moi, tu en auras autant. Je suis heureuse comme une reine.

—Ce n'est pas précisément cela qui me tourmente, dis-je à Denise, dont la coquetterie naïvement vaniteuse me semblait assez ridicule; seulement, je suis si malheureuse à la maison, que je voudrais bien rester ici avec toi. J'étais même venue pour cela; mais il paraît que l'on ne me trouve pas assez jolie. Cette dame qui vient de sortir a pris un prétexte pour me faire entendre que je devais partir bien vite.

—Que tu es sotte, ma chère enfant! Tu ne vois pas que c'est une frime!... Madame n'est pas si bête que de te laisser aller. Elle vient de me dire, en te quittant, que tu étais charmante, et de t'engager à rester. Je vais lui dire que tu veux bien; on va te cacher dans ma chambre jusqu'à ce qu'il soit temps d'aller là-bas.

Denise avait raison, et malheureusement pour moi mes craintes n'étaient pas fondées.

Autant il est difficile à une jeune fille, dans la position où j'étais, de se créer une existence honorable par le travail, autant il lui est aisé de glisser sur la pente du mal.

Les esprits élevés, les cœurs généreux qui ont protesté au nom de l'humanité contre la traite des noirs, devraient bien s'occuper un peu de la traite des blanches.

En mettant le pied sur le seuil de cette maison funeste, je ne devais rencontrer que trop de passions complices de mon égarement.