Denise, qui était sortie, revint au bout de quelques secondes; elle me fit monter quatre étages et m'introduisit dans une chambre à deux lits, meublée simplement.
Dans cette chambre, il y avait deux femmes en train de jouer aux cartes. Une autre lisait dans un fauteuil.
Denise me présenta gravement.
—Mesdames, dit-elle, voici mon amie de la correction dont je vous ai parlé plusieurs fois; elle vient avec nous.
On me fit un accueil glacial. On me regarda du haut en bas. Ces femmes sont assez malheureuses pour avoir besoin de consolation.
On pourrait croire qu'unies par le malheur et par la honte, elles ont les unes pour les autres cette affection qu'elles ne peuvent plus demander ni à la famille, ni au monde; il n'en est rien. Dans ces asiles ouverts au suicide moral, on trouve les mêmes passions que dans la vie, plus ardentes peut-être, parce qu'elles sont développées par la solitude et par l'oisiveté.
Mes nouvelles compagnes se mirent à chuchoter tout bas. Je n'entendais pas ce qu'elles disaient, mais je n'eus pas de peine à deviner qu'elles étaient activement occupées à me critiquer. Je ne leur en voulus pas trop. Elles me semblaient bien belles, une surtout qui se nommait L... Celle qui lui faisait face était moins jolie, mais ses mains étaient des chefs-d'œuvre de la nature.
Denise me quitta au bout de quelques instants, pour retourner se mettre en conférence avec la maîtresse de la maison.
Dans son brutal enthousiasme pour l'odieux genre de vie qu'elle avait adopté et auquel elle travaillait à m'initier, elle ne se donnait aucun repos qu'elle n'eût levé les difficultés qui s'opposaient encore à mon admission dans la maison.
Il paraît que ces difficultés étaient grandes, plus grandes que je n'aurais pu me l'imaginer, avant de sonder la profondeur de l'abîme où je me laissai entraîner.