Il va sans dire que je ne le nommerai pas; mais, si quelques personnes le reconnaissent, j'aurai la conscience bien tranquille; ce sera de sa faute plus que de la mienne. Je n'éprouve aucun embarras à parler de mes relations avec lui; car, ainsi qu'on va le voir, l'histoire de nos amours n'est pas un échange de tendresses vénales, mais une suite rapide de violences, de querelles et de mauvais tours.
La première fois que je le vis, c'était, je crois, le lendemain du jour où nous avions été à la Chaumière, et j'étais d'assez mauvaise humeur; il me fit une impression que j'aurais peine à rendre.
On me demanda. Je suivis Fanny dans le petit salon.
Il y avait un homme assis près de la cheminée et qui me tournait le dos. Il ne prit pas la peine de me regarder. Ses cheveux étaient blonds; il était mince et me parut d'une taille ordinaire. Je m'avançai un peu. Ses mains étaient blanches et maigres; il battait la mesure avec ses doigts sur son genou.
Je me plaçai en face de lui; il leva les yeux sur moi: c'était un spectre plutôt qu'un homme. Je contemplais cette ruine prématurée; car il paraissait à peine avoir trente ans, malgré les rides qui sillonnaient son visage.
—D'où viens-tu donc? me dit-il, comme s'il sortait d'un rêve; je ne te connais pas.
Je ne répondis rien; il se mit à jurer.
—Répondras-tu, quand je te fais l'honneur de te parler?
Je devins rouge et je lui dis:
—Est-ce que je vous demande qui vous êtes et d'où vous sortez? Ai-je besoin d'un état de services pour me présenter devant vous? Je vous préviens que je n'en ai pas.