A neuf heures, il y avait déjà beaucoup de monde réuni. Je m'assis dans un coin... Personne ne fit attention à moi; on causait, on riait... Le champagne bouillonnait dans les verres et dans les veines; ces conversations et ces rires empêchaient d'entendre mes dents claquer... Un frisson me prit, puis une sueur froide; je me laissai tomber sur le canapé où j'étais assise.

Quelqu'un me souleva et me fit sortir.

On me porta dans une autre pièce et j'entendis murmurer au-dessus de ma tête.

—Pauvre fille!... elle est bien malade! c'est un accès de fièvre.

—Oui, dit Fanny, elle se plaignait depuis ce matin; mais, ici, on n'a pas le temps d'être malade.

Je revins peu à peu à moi. La personne qui m'avait accompagnée ou plutôt portée, était un jeune homme de vingt-huit à trente ans. Sa taille était moyenne, sa mise recherchée, mais sévère.

Il me tenait la main et me regardait avec attention. C'était une de ces physionomies qu'on n'oublie pas quand on les a vues une fois: les yeux ternes, quoique mobiles, le nez long, le teint d'un jaune pâle, les lèvres blanches, la respiration silencieuse. Il semblait usé par le travail ou par la débauche.

—Vous êtes malade, mon enfant! me dit-il; il faut vous soigner.

—Me soigner! Où voulez-vous donc que je me soigne?...

Et, poussée par la fièvre, par le regret, par le dégoût de moi-même, je lui dis tout sans respirer, puis je me mis à pleurer... Il m'avait écoutée sans m'interrompre, sans paraître ému!