Je restai ainsi huit jours, le voyant à peine une heure par jour. J'allais un jour bien, un jour mal. Enfin, je restai deux jours sans me lever, avec des douleurs à la tête. Je n'osais plus demander le médecin. Quand M. L... entra dans ma chambre, il recula en me voyant.
—Vite, dit-il au domestique, le médecin de suite... Elle est pourpre; elle va avoir une fièvre cérébrale.
En effet, ma tête me semblait un volcan qui va éclater.
Le docteur se fit attendre deux heures. Il arriva tout poussif d'un déjeuner en ville, qu'il raconta dans tous ses détails avant de me regarder. L..., toujours calme, lui montra mon lit du doigt.
—Ah! c'est vrai, dit-il, en ouvrant les rideaux pour voir clair.
Puis il vint me regarder.
—Grand Dieu! s'écria-t-il en pâlissant, pourquoi m'a-t-on appelé si tard? Elle va avoir la petite vérole; elle a un commencement de fièvre cérébrale; elle brûle. L'une de ces maladies se traite à froid, l'autre à chaud. Il sera très-difficile de la soigner ici; cependant je vais faire une ordonnance.
Il sortit. M. L... et le valet de chambre le suivirent. Je restai seule; je me jetai en bas du lit; j'écoutai à la porte. Le docteur disait:
—Vous voilà bien avancé, qu'est-ce qu'on va dire si elle meurt ici, chez vous? et puis c'est un mal contagieux.
—Ah! dit le domestique, monsieur la fera servir par qui il voudra, mais je n'entrerai plus dans sa chambre.