—C'est moi qui l'avais priée de le dire; elle-même ne sait pas que je suis ici. Je le lui ai caché jusqu'à présent. Mais je voudrais bien la voir; dites-le lui. Si votre ami savait que c'est moi qu'il a désiré revoir, il regretterait ce désir: je dois faire peur à tout le monde.
—Ne croyez donc pas cela; il sera charmé de vous retrouver.
—Non, je vous en prie, ne lui dites pas que je suis là.
Il me le promit, me dit qu'il m'enverrait Denise et s'éloigna.
J'entendis des talons résonner sur le parquet. Je compris qu'on revenait à mon lit, je me sentis toute troublée. Était-ce de peine ou de plaisir? Je crois plutôt que c'était de plaisir.
Monsieur Adolphe, la tête nue, les cheveux en arrière, l'air triste, me tendit la main.
—Pauvre fille, me dit-il, si j'avais su, il y a longtemps que je serais accouru. Je suis de la salle voisine, j'ai entendu parler de vous, je suis venu vous regarder; mais j'étais si loin de me douter que celle à qui je pensais était à côté de moi! Car j'ai joliment pensé à vous, me dit-il en me serrant la main.
La visite commençait; il me quitta en me disant:
—Je reviendrai.
Je passai ma main sur mon front; tout cela me paraissait un rêve. Je voulus m'arranger les cheveux; ils tombaient à poignée. Cela me fit plus de peine que cela ne m'en aurait fait auparavant. J'avais le cœur plein de cette visite. Le lendemain, je reçus des biscuits, des confitures, du sucre, enfin tout ce qu'on peut envoyer à une malade.