Le jeudi, Denise vint me voir. Elle passa deux fois devant moi sans me reconnaître. Cela me fit un mal affreux! Enfin, je l'appelai... Elle se jeta à mon cou et pleura si fort, que je fus obligée de lui dire de se taire; elle était si expansive qu'elle aurait mis toute la salle en émoi.
Un peu remise, elle me demanda ce que j'allais faire en sortant; que je ne pouvais pas compter retourner là-bas.
—Si j'y étais forcée, lui dis-je, je regretterais de n'être pas morte ici. Non, je veux louer un cabinet quelque part. Je me suis sauvée de chez M. L... parce que j'étais malade; je lui ai laissé mes effets; je vais te donner un mot pour lui. S'il veut me les rendre, tu les vendras pour me faire un peu d'argent, et je louerai un garni.
—Mais, me dit Denise, tu ne pourras pas; c'est défendu, tu le ferais arrêter.
—C'est vrai; eh bien! je prierai M. Adolphe de le faire pour moi: il ne me refusera pas. Je lui dirai que je suis trop jeune.
J'écrivais d'une façon illisible; pourtant il fallait écrire à M. L... et je commençai:
«Monsieur,
»Vous avez été si bon pour moi et d'une façon si désintéressée, que je suis honteuse de vous importuner. Je relève d'une longue maladie... Je me suis sauvée de chez vous, parce que j'ai entendu votre conversation avec le docteur, et c'eût été de l'ingratitude à moi de vous exposer à une maladie contagieuse. Je vous ai laissé le peu d'effets que je possède; si vous voulez les remettre au porteur, je serai deux fois votre obligée. Je n'irai pas vous remercier moi-même, je vous ferais peur. Croyez-moi votre reconnaissante
«CÉLESTE.»
Denise revint le dimanche. Elle avait tous mes effets, plus cent francs pour m'aider en sortant. C'était assurément bien bon et bien généreux de sa part. Je ne puis jamais penser à M. L... sans éprouver un vif sentiment de gratitude. Je l'ai rencontré bien des fois depuis. Il ne me reconnaît pas et il a sans doute oublié ce souvenir de sa jeunesse.