Il resta dans son fauteuil, mit ses mains dans ses poches, me fit causer une heure; pendant ce temps, il caressa son gros ventre, ses cheveux gris, prit une énorme prise et me dit:

—Il nous manque une figurante danseuse, pouvez-vous danser à sa place ce soir?

Je lui dis que je ne doutais pas que, si l'on voulait me montrer, j'apprendrais très-vite.

—Que le diable vous emporte! me dit-il en secouant le tabac tombé sur son jabot; on m'avait promis de m'envoyer une vieille coryphée de l'Opéra. Je vous écoute depuis une heure, croyant que c'est elle.

J'avais seize ans et demi!... Je sortis, rouge de dépit.

J'allai aux Funambules. J'entrai hardiment, décidée à ne m'en aller que désolée par tout le monde. Là, me disais-je, on joue la pantomime; j'en saurai toujours bien assez. Oh! que je m'étais trompée!... on ne voulut pas m'entendre. J'étais trop maigre, et je n'avais pas les poignets assez vigoureux. Les femmes faisaient des combats au sabre.

Je rentrai chez moi, le cœur gonflé, les jambes brisées.

Le lendemain, Denise vint me voir; elle s'étonna de me trouver si blanche de peau, et me dit que je ne serais pas trop grêlée; j'avoue que cela me fit plaisir.

—Je viens passer la journée avec toi, ou plutôt, je viens te chercher. Je t'emmène dîner chez une de nos anciennes connaissances.

—Qui donc?