Elle se mit à rire d'une façon si étrange, que je fus convaincue qu'elle pensait ce qu'elle disait, et que j'éprouvai le même pressentiment qu'elle-même sur l'avenir qui l'attendait.

Quelques jours après mon installation dans ma nouvelle chambre, je reçus la visite de M. Adolphe. Il venait me proposer d'aller avec lui à une petite soirée que donnait un de ses amis de Versailles.

J'acceptai. J'avais mis ce que j'avais de plus beau; avec une robe de barége noir, on ne fait pas grand effet! J'étais bien modeste, mais heureuse d'être avec lui: car je le soupçonnais, depuis longtemps, d'avoir une autre liaison parmi les femmes de la société de son ami, et rien ne venait confirmer mes soupçons.

On me pria de chanter; je fis de mon mieux... On m'avait fait une si grande réputation de gaieté, que j'étais obligée de la soutenir. Tout le monde m'adressait des compliments; M. Adolphe semblait en être fier, quand tout d'un coup la scène changea. Une femme venait d'entrer dans le salon; elle avait une toilette splendide, et fit à tout le monde un petit signe de tête protecteur, qui annonçait une personne sûre de son influence.

—Ah! voilà Louisa Aumont, s'écrièrent plusieurs jeunes gens en allant au-devant d'elle.

Nos yeux se rencontrèrent et se répondirent par un éclair de haine et de jalousie.

Louisa Aumont alla droit au maître de la maison, l'emmena dans l'angle d'une croisée, et lui dit assez haut pour que tout le monde l'entendît:

—Je vous avais prié de ne jamais inviter de femmes, surtout celle-là!... Je vous ai dit ce que c'était... je ne veux pas me rencontrer avec de semblables filles!...

Où puisait-elle une pareille audace? Était-ce la jalousie qui l'égarait? Savait-elle réellement le secret de mon passé?

Tout mon sang tomba sur mon cœur.—M. Adolphe se mordait les lèvres; mais il laissa passer cette insulte.