Je me levai. Tout le monde avait entendu; personne n'osa venir à moi. Je m'approchai d'Adolphe et je lui dis d'une voix concentrée par la fureur:

—Vous auriez dû demander à madame la permission de m'amener; si vous n'osez pas me défendre, aurez-vous au moins le courage de me suivre?

—Pourquoi voulez-vous donc partir?... me dit-il d'un ton embarrassé; vous êtes là, restez-y.

Je compris, mon doute devint une certitude, et je partis comme une flèche.

La porte n'était pas fermée sur moi que je fondis en larmes. J'attendis deux heures dans la rue, espérant qu'inquiet de moi, il allait me suivre; mais rien! J'eus peur de mon désespoir; je courus vers la route de Paris et je marchai toute la nuit, écoutant mes pas... Il me semblait que le vent m'appelait. Je me retournais, m'arrêtais, et puis, doutant de moi, je reprenais ma course.

J'arrivai chez moi brisée de fatigue, plus brisée encore d'émotions... J'attendais, j'espérais pour le lendemain, une lettre, un mot d'explication!... Rien, rien; pas un regret, pas une excuse, pas un souvenir!

Cette première déception eut la plus fâcheuse influence sur ma vie. J'étais dans cette situation de cœur et d'esprit qu'une affection douce et honorable aurait pu me sauver du désordre.

Je devins ambitieuse et implacable.

Marie s'aperçut du changement de mes impressions, malgré les efforts que je faisais pour dissimuler mes douleurs et pour concentrer en moi-même les sentiments nouveaux qui m'agitaient.

—Qu'as-tu donc? me disait-elle sans cesse, tu me sembles toute triste, toute préoccupée.