—Je n'ai rien.
—Tu me trompes; tu me caches quelque chose.
Elle insista avec une telle persévérance d'intérêt, que je sentis mon cœur se fendre et que je laissai échapper mon secret.
—J'aime un homme qui ne m'aime pas. Je l'aime avec soumission, douceur. Il abuse de moi; il joue avec mon cœur. J'ai bien souffert, va; mon âme s'est endurcie. Il m'aimera un jour, je le veux, et je lui rendrai ce que je souffre... Quand j'aurai usé cet amour, je sens bien que je détesterai celui qui me l'a inspiré. Je n'aimerai plus que mon idée fixe: être au premier rang de ces femmes perdues, qu'on admire, qu'on aime! pourquoi? probablement, parce qu'en elles il n'y a plus de ressources... Le cœur et l'âme sont morts. Il ne reste qu'une machine, mais cette machine est couverte de cachemires, de dentelles et de diamants. Quand je serais mille fois plus jolie, que ferais-je de ma beauté et de ma jeunesse à côté d'elles? Je ne suis pas laide à faire peur; j'espère même être mieux dans un an ou deux: j'attendrai. J'ai une volonté de fer; je deviendrai comme Louisa Aumont.
—Qu'est-ce que c'est que Louisa Aumont?
—Louisa Aumont! c'est ma rivale.
Et je lui racontai toute la scène de la soirée de Versailles, l'humiliation que j'avais subie, et l'abandon où m'avait laissée M. Adolphe.
Marie paraissait aussi effrayée de mes plans de vengeance, que je l'avais été quelques jours auparavant de ses pensées de suicide.
—Bah! au lieu de broyer du noir, comme tu le fais, tu ferais peut-être mieux d'aller voir ton ami et de te réconcilier avec lui; on n'est pas fier quand on aime!
—Chacun a son caractère... Je ne consentirai jamais à m'abaisser à la prière.