—C'est comme cela qu'il faut être. Si j'étais restée là, pleurant, il ne serait pas venu davantage! On ne peut pas forcer les gens à vous aimer; quand on court après eux, on les fatigue; ils s'y habituent et vous traitent plus mal. Malheureusement, on n'efface pas l'amour de son cœur comme un nom écrit sur une ardoise; mais, avec de la patience, tout passe... Je désespère de me faire aimer de lui; mais je veux qu'en me voyant passer, brillante et dédaigneuse, il me donne un regret.
La marchande de meubles vint me dire, le lendemain, que mon logement était prêt. Je pris mon paquet, et j'allai m'installer, 19, rue de Buffaut, dans un petit entresol de deux pièces.
J'étais richement meublée, et je regardais mon luxe, fort inquiète de la somme que j'avais à payer. J'avais dans ma chambre à coucher un lit en acajou, une toilette-commode, un fauteuil Voltaire en laine rouge, deux chaises, une petite table. Dans la première pièce, qui servait d'antichambre ou de salle à manger, il y avait une table ronde et quatre chaises cannelées. Je passai la journée à frotter mes meubles... Je disais chez moi à tout propos.
Le lendemain, j'allai chez Marie, qui, je le savais bien, était trop paresseuse pour venir.
Je me mis des nœuds de velours dans les cheveux; je fis des reprises à ma robe et à mes bottines qui me quittaient, et je retournai au bal.
Brididi vint à moi... Je n'étais pas fâchée de cette préférence... Je lus à l'orchestre: Polka! Mon cœur battit; je devins très-pâle, et je dis à Brididi:
—Je n'oserai jamais danser cela ici; personne ne sait cette danse. On va nous regarder; je ferai quelque gaucherie, et on se moquera de nous.
—Non, non, me dit-il, allons dans un coin.
J'allais résister, quand j'entendis derrière moi:
—Eh bien! personne ne la sait donc, cette danse?...