—Ne vous inquiétez pas pour moi, mon cher père; vous savez bien que mon vœu le plus cher est d'être religieuse; vous n'aurez pas à vous occuper de moi.

—Non, me dit-il en me serrant sur son cœur, non, mon enfant, tu ne peux pas être à Dieu tout entière; j'ai besoin de toi pour élever tes frères et tes sœurs; tu es instruite, tu feras leur éducation. Ta mère est presque folle de chagrin, il faut la consoler, l'aider. Je viens te chercher.

Je suivis mon père sans répondre. On ne répondait jamais à mon père.

Rentrée chez nous, je trouvai tout le monde dans le désespoir.

Mon père sortait souvent pour des entreprises qu'il voulait essayer.

Ma mère avait un peu perdu la tête; j'avais soin des enfants.

Bientôt nous fûmes si pauvres qu'on renvoya la bonne et que je restai seule pour tout faire. On ne m'avait pas élevée ainsi.

Cette vie m'était pénible; j'étais toujours seule avec les enfants; j'allais promener les plus petits.

Un jeune homme, que mon père avait employé, venait souvent à la maison; il me dit si souvent qu'il m'aimait, il me tourmentait tellement, que je crus l'aimer, et je me donnai à lui sans trop de résistance. Je ne comprenais pas tout le danger d'une pareille faute.

Un jour, mon père rentra; je causais à la porte avec mon amant. Mon père le pria de ne plus me faire de visites que devant ma mère ou lui.