Un matin, M. Mathieu entra tout effaré dans l'atelier.

Il tenait une lettre à la main; il vint près de ma mère et lui dit, en lui tendant la lettre:

—Tenez, ma pauvre Jeanne, je crois bien que cela vous concerne. On m'appelle chez le commissaire de police pour m'entendre avec M. G...

Ma mère regarda la lettre, et devint pâle comme la Mort.

—Mon Dieu! dit-elle en fondant en larmes, que vous ai-je donc fait pour être aussi malheureuse? Il est donc dit que tous ceux qui me viendront en aide seront tourmentés à cause de moi?

Et comme, malgré lui, Mathieu laissait voir son inquiétude, ma mère lui dit:

—Je ne veux pas être une cause de désagrément dans cette maison; nous partirons ce soir. Pour la justice, un mari est toujours un mari; il peut prendre sa femme partout où il la rencontre; abandonnez-moi à mon sort. Mais qui donc, grand Dieu! m'aura vendue?

—Oh! dit Mathieu, comme vous y allez! Il est vrai que je n'ai pu lire la lettre du commissaire sans une impression désagréable; mais de là à vous laisser partir, il y a loin; où iriez-vous d'abord? et puis, nous sommes d'honnêtes gens: il ne peut rien nous arriver pour vous avoir recueillies. Vous travaillez assez pour payer ce que l'on vous avance: vous travaillez même trop; vous vous tuerez. J'irai chez le commissaire, et, s'il faut que vous nous quittiez, nous vous trouverons une autre cachette. Je vous avancerai, si vous le voulez, de quoi vous acheter un petit ménage. Vous serez chez vous; nous vous donnerons de l'ouvrage, et vous nous rendrez petit à petit ce que nous vous aurons avancé. Quant à Céleste, ce n'est pas sa fille, c'est la vôtre. Eh bien, nous la garderons; mon garçon l'aime tellement, qu'il serait capable d'en faire une maladie, si on l'emmenait. Sans compter que nous l'aimons comme si c'était à nous. Du courage donc, on ne se tire pas d'affaire avec des larmes ou des paroles; ne parlons de tout ceci à personne. Je vais sortir. Il faut prendre des précautions à l'avance. De ce pas, je cours vous chercher une petite chambre, de sorte que, si j'ai de mauvaises nouvelles, après-demain nous serons en mesure.

—Que vous êtes généreux, que je voudrais pouvoir vous prouver ma reconnaissance, mon bon monsieur Mathieu! lui dit ma mère en lui serrant les mains.

—Bah! nous en sortirons; ayez confiance en Dieu, qui n'abandonne pas les honnêtes gens; croyez aux bonnes âmes, comme ma femme et comme moi, qui aiderons la Providence à vous tirer d'embarras. Surtout, ne sortez pas, et que les enfants n'aillent pas dans la cour.