J'avais entendu toute cette conversation, et mon cœur était partagé entre deux peines, dont l'alternative me semblait inévitable: il me faudrait quitter la maison du petit Mathieu ou me séparer de ma mère. Je descendis dans le bureau où mon ami prenait sa leçon, et je lui racontai tout ce que je savais; il se mit à trépigner, criant à tue-tête:

—Je ne veux pas que tu t'en ailles; si tu me quittes, et si tu emmènes ton chien, je n'apprendrai plus à lire.

Puis il se mit à pleurer si fort et si haut, que sa mère accourut à ses cris. La bonne Mme Mathieu ignorait la cause de tout ce chagrin; car je pleurais aussi à sanglots. Mouton s'étant mis à aboyer, c'était un bruit à entendre de la cave au grenier.

—Comment, vous n'êtes pas plus raisonnables que cela! deux grands enfants de huit ans! Eh bien! c'est joli, dit Mme Mathieu, d'un air si sérieux, que je me crus une grande personne et devins toute rouge.

Le petit Mathieu ne fut pas aussi facile à consoler.

—Calme-toi, mon cher enfant, lui répétait sa mère: Céleste viendra te voir, si tu fais bien tes devoirs.

Et comme il pleurait toujours:

—Elle ne s'en ira peut-être pas d'ici; il n'y a encore rien de décidé.

Et la bonne dame l'embrassa si tendrement, que je m'approchai d'elle pour qu'elle m'en fît autant.

Après avoir partagé ses caresses entre nous, elle me raisonna à mon tour.