—Tu sais combien ta pauvre mère a de peine et tu ne cherches pas à la consoler. Prends garde à cela, ma petite Céleste, c'est mal, c'est d'un mauvais cœur d'augmenter les tourments de Mme Jeanne, au lieu de chercher à les adoucir.

Je promis que cela ne m'arriverait plus.

M. Mathieu rentra à quatre heures, et nous dit qu'il avait trouvé une chambre dans la maison d'un de ses amis, M. Raoul, un canut, l'honnêteté et la bonté même.

Le lendemain, ma mère se leva de grand matin; elle s'était réveillée avec de mauvais pressentiments.

—Menez-moi tout de suite chez votre ami, dit-elle à M. Mathieu: je vous laisse ma fille; vous me l'amènerez le plus tôt possible, car je n'aurais pas de force si je ne l'avais pas près de moi.

Elle prit un châle et partit en me recommandant d'être sage, afin de ne pas ennuyer les bonnes gens qui voulaient bien me garder. J'avais envie de m'accrocher à elle et de ne pas la laisser partir sans moi; mais on m'avait tant recommandé de lui obéir, que j'étouffai mon chagrin.

Mathieu la conduisit chez son ami, j'attendis son retour avec impatience. Quand je le vis rentrer, je courus au-devant de lui. Il me prit dans ses bras, et, m'approchant de la croisée, il souleva le coin du rideau, et me dit:

—Céleste est-ce que cet homme qui est là n'est pas ton beau-père?

J'étais si troublée, que je ne pus répondre de suite: je regardais sans voir. Je serrai Mathieu dans mes bras.

—Où est maman? a-t-il vu maman?